Pour une goutte d’eau

Ce n’est pas dans l’Evangile, mais on sait que les Anciens, sauf à vouloir s’enivrer, coupaient le vin qui était trop fort pour être bu pur. De là cet usage de verser une goutte d’eau dans le calice. Très vite, du gustatif on passa au spirituel. Dès le 3e siècle, S. Cyprien de Carthage en donna le sens : de même que le vin absorbe l’eau, ainsi le Christ nous a pris sur lui, nous et nos péchés. Autre symbole : celui du sang et de l’eau qui coulent du côté du Christ en croix. Au Moyen Âge, l’eau est apportée solennellement en procession d’offertoire, et est ainsi le signe de l’apport de l’Eglise dans le sacrifice de la messe. Bien sûr, Luther trouva inconvenante cette interprétation où l’œuvre de Dieu est diminuée par l’ingérence humaine. En Orient les débats furent plus âpres : dans la ligne des controverses sur l’identité du Christ, le vin et l’eau étaient venus à symboliser les deux natures du Christ et certains, parmi lesquels les arméniens monophysites, se sont mis à refuser violemment cet usage. Il reste que cette goutte d’eau soutient notre prière : « Puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité ». La proportion d’eau a varié elle aussi. Les Jacobites de Syrie préconisent une commixtion moitié-moitié. Mais en Occident, le Concile de Tibur (895) exige que la proportion d’eau ne dépasse pas le tiers. Et c’est encore le cas aujourd’hui. Il n’est pas question d’en rajouter !

Père Sébastien Neuville