Père Rabel Pâques 2016

                                                               Pâques 2016

 

     La résurrection, elle est pour nous, aujourd’hui, avec toutes nos questions. Alors que nous sommes terriblement remis en cause, nous occidentaux, dans nos certitudes, quelles réponses nous apporte cette fête de la résurrection ?

 

1) Et tout d’abord par rapport à la paix.

     Car ce qui nous touche, c’est cette violence omniprésente, cette semaine encore à Bruxelles. Ici même, l’armée qui garde nos églises. Le sang, la souffrance, la mort, les ‘pourquoi’… Nous qui vivions en paix, depuis si longtemps, nous sommes confrontés au tragique de l’existence, ce tragique qu’on avait voulu, à tout prix, éliminer. Et qu’on avait remplacé par un tourbillon d’illusions. Depuis les Lumières, depuis que l’on a proclamé que Dieu est mort, les questions ultimes ont été évacuées, la souffrance, qu’on a voulu éradiquer à tout prix, la mort qui a été déclarée obscène. Parce qu’on a refusé toute limite. Parce qu’on a voulu oublier que l’homme est d’abord un être blessé.

     Fêter la résurrection, c’est d’abord ne pas oublier qu’elle passe par la souffrance, l’agonie, la mort du Christ, et son tombeau. C’est se confronter à la réalité d’une personne qui n’a pas voulu être toute puissante, qui n’a pas évacué le tragique de sa vie. Qui s’est mis humblement entre les mains d’un autre. Fêter la Pâque, c’est, au lieu de jouer les tous puissants, accepter avec humilité, avec toutes nos limites, de redevenir les humbles jardiniers de ce monde où Dieu nous invite à être ses collaborateurs.

2) Mais aussi par rapport à l’homme

     Car nous sommes confrontés, et peut être bien plus profondément à une autre violence, plus insidieuse : cette violence, c’est celle de l’homme-Prométhée, qui, depuis la Révolution, veut tout régénérer. Fille des Lumières, c’est cette toute puissance de l’homme, cette ‘démesure’ qui fait violence, ce désir si occidental de vouloir tout contrôler, jusqu’à ce transhumanisme qui veut libérer l’homme de sa condition humble et limitée. On veut tout maîtriser, de la naissance à la mort, en vue de l’émancipation définitive. Puisque tout est culturel, tout est alors possible.

     Fêter la résurrection, n’est-ce pas alors réaliser, et accepter, que le salut n’est pas au bout de notre toute-puissance ? Puisqu’il nous est offert par quelqu’un d’autre, une offre que nous avons à accueillir et que nous ne maîtrisons pas ? L’objectif de tous les totalitarismes n’est-il pas de bâtir le ciel sur cette terre ? Or que nous disent les évangiles de Pâques : ‘Le ciel n’est pas ici, allez ! Cherchez ailleurs le Vivant’. Pâques, c’est d’abord une promesse, qui rend supportable l’inachèvement de notre désir, qui nous ramène à notre finitude, à nos inévitables limites, et nous relance dans la recherche du Seigneur.

3) Enfin, par rapport à notre manière de vivre

     Avec la chute du mur de Berlin, nous avions décrété la fin de l’histoire : terminés, les grands idéaux, les grandes idées. C’est le marché qui doit tout réguler, pour notre petit bonheur. Et, dans ce confort médical et technique, les questions métaphysiques n’ont bien entendu plus court, les religions ne sont plus que des vestiges, les droits de l’homme les ayant remplacées. Et penser autrement, c’est être réactionnaire ! Bien entendu, les attentats de l’an dernier, poursuivis par ceux de cette semaine, nous réveillent de cette torpeur béate, nous obligent à sortir de ces utopies.

     Fêter la résurrection, c’est accepter de sortir de cette léthargie, de ce petit bonheur de consommateur. Déjà, il ya 40 ans, Soljenitsyne fustigeait ce « déclin de courage civique » en Occident. N’êtes-vous pas étonnés de tous ces déplacements des personnages autour du tombeau vide ? C’est vrai qu’aujourd’hui, on se déplace beaucoup, mais ne fait-on pas surtout du sur-place ? Les disciples ne font pas du sur-place, parce qu‘ils partent à la recherche du Christ. Pâque nous redit que l’histoire a un sens ;                             cette fête nous donne une direction, nous incite à une recherche. Elle donne sens au sérieux de ce que doit être notre vie, chaque vie.

     Une vie forcement marquée par le tragique, une vie qu’on ne peut maîtriser, puisqu’elle nous est offerte, une vie qui a un sens puisqu’elle va vers la rencontre de Celui qui est la Vie.


 Père Hervé Rabel