Père Rabel Mercredi des Cendres

                    Mercredi des cendres 2016 (Saint-Pierre 10 février 2016)

 

     Le carême, c’est comme un condensé de notre vie de baptisé : vivre ce mois ½, non pas différemment, mais plus sérieusement. Bref, prendre notre baptême au sérieux ! Je voudrais partir, cette année, d’une phrase du psaume : « Rends moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne ».

 

1) Et tout d’abord en remarquant que c’est à Dieu qu’on s’adresse. C’est Lui qui est 1er

     Parce que, trop souvent, en abordant le carême, on part de soi : ‘Que vais-je changer dans ma vie ? Quel effort dois-je faire ? Quelle résolution prendre ?’. Ce n’est pas ça du tout ! L’ensemble du psaume 50 nous tourne vers Dieu, car c’est bien de Lui qu’il faut repartir.

     Fin janvier, le pape délivrait un message pour ce carême. Un texte revigorant, abrupt… François ne mâche pas ses mots ! Il pointait cette société marquée par « le délire orgueilleux de toute puissance ». Et, bien entendu, il déteint sur nous. Puisque ce carême est au cœur de cette année de la Miséricorde, nous devons supplier de « recevoir en don la conscience de ne se savoir soi-même qu’un pauvre mendiant ». La 1re attitude, c’est donc de nous tourner vers Dieu, de mendier sa miséricorde en reconnaissant en nous ce désir de toute puissance, que Lui seul peut purifier.

 

2) « Rends moi la joie d’être sauvé »

     C’est donc que le psalmiste l’avait, cette joie, et qu’elle a été perdue ! Cette joie, pour nous, c’est celle du baptême, la joie trinitaire qui nous a envahi au baptême et qu’il s’agit de retrouver. Vivre le carême, c’est ne pas avoir une ‘face de carême’, mais savoir qu’on se dirige vers la joie de Pâques. Retrouver cette joie de se savoir accompagnés par le Christ, quelles que soient nos épreuves, et rayonner de cette joie confiante.

     Le pape fustige cette « idolâtrie de l’argent qui rend indifférentes au destin des pauvres les personnes et les sociétés… » et il reparle de cette « globalisation de l’indifférence ». Le carême n’est-il pas alors le moment de retrouver cette joie du don, cette joie d’un regard de miséricorde ? Et le pape insiste : « c’est justement en touchant la chair de Jésus crucifié dans le plus nécessiteux » que l’on peut retrouver cette joie de donner. Se tourner vers le Christ, présent dans les sacrements, mais aussi dans « le plus nécessiteux », souligne le pape, comme seule réponse à cette soif du vrai bonheur, qui consiste au don de soi-même. Qui, autour de moi, est ce « nécessiteux », qui me donnera cette joie ?

 

3) « Que l’esprit généreux me soutienne »

     Le pape évoque aussi dans son message cette « aliénation existentielle », cet esclavage du péché qui nous pousse à user des richesses et du pouvoir non pour servir, mais pour dominer. Or c’est l’esprit de notre baptême qui seul nous rend libre. « L’esprit généreux » : le carême n’est-il pas alors cet accueil de la générosité de Dieu pour que notre cœur soit dilaté ?

     En fait, ce qu’il faut comprendre, c’est que le carême n’est pas pour nous, il est pour l’Eglise et, à travers elle, pour le monde. Le pape François fustige ces « idéologies de la pensée unique et de la technoscience qui prétendent réduire Dieu à l’insignifiance et les hommes à des masses qu’on peut manipuler » ; en écrivant cela, il ouvre notre cœur. Il fait que notre carême ne soit pas réduit à de petits efforts, des ‘résolutions’ mesquines, mais devient un temps de réflexion sur notre monde et sur la place que nous devons, courageusement, y prendre pour le faire correspondre au projet du Père.

Père Hervé Rabel