Père Rabel le 7 mai 2017

                           4ème dimanche de Pâques ‘A’ - Saint-Pierre - 7 mai 2017

 

1) Curieux, ce bon pasteur : d’abord il entre par la porte

     La porte de cet enclos des brebis ; mais quel est donc cet enclos ? Dans l’Apocalypse (3,20), il est écrit : « Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ». Alors, cet enclos bien fermé, ne serait-ce pas le cœur de chacun ? Et cette porte, notre conscience, abimée, blessée par le péché ? De fait, il y en a qui veulent entrer chez nous, pour obscurcir notre conscience : ce sont les voleurs et les bandits. Et il y a ce bon pasteur, qui veut notre bien, parce qu’Il nous aime.

     Il y a donc ici un appel à discerner. Dans le Deutéronome (30,19) le Seigneur dit : « Je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie ! ». Et aujourd’hui, nous sommes invités à faire un choix. Il est bien entendu que je ne donne aucune consigne de vote : chacun est responsable ! Mais je reprendrais volontiers le message de Mgr Aillet, l’évêque de Bayonne :’Comme pasteur, je dois encourager les catholiques à accomplir leur devoir de citoyen en conscience : qu’ils décident de voter ou de s’abstenir. Il s’agit de faire œuvre de discernement, c’est-à-dire de choix mûrement réfléchi. Et pour être vraiment libre, le choix doit s’affranchir de toute pression, mot d’ordre, harcèlement de l’image ou du slogan, et exige de prendre du recul et de la hauteur’. Et cet évêque d’évoquer, comme éclairage, la recherche du Bien commun, la Doctrine sociale de l’Eglise avec ces ‘principes non négociables’ de Benoît XVI, avec l’aide de la vertu de prudence et le don de conseil.

 

2) Ensuite, très curieusement, ce bon pasteur fait sortir les brebis et marche à leur tête

     C’est, de fait, assez paradoxal : il entre… pour sortir. Il « pousse même dehors » ces brebis qui lui appartiennent. Si l’on fait entrer le Christ dans notre âme, au plus profond de notre intimité, il ne va certainement pas nous laisser tranquille. Il faudrait reprendre tout ce que nous dit le pape François sur cette nécessité de ‘sortir’… de nos habitudes, de nos peur, du ‘prêt-à-penser’. Mais relisons tout simplement les Actes des apôtres : ces disciples qui sont ‘poussés’ à sortir, de par l’action de l’Esprit-Saint, pour annoncer la libération opérée par le mystère pascal.

     Si nous acceptons d’accueillir le Christ comme pasteur de nos vies, ce n’est pas pour notre petit confort spirituel personnel. Il va nous « pousser » à sortir, parce qu’il n’est pas possible de rester tranquillement chez soi, c’est-à-dire dans son petit confort, ses habitudes. ‘Le monde est en feu’ s’écriait la grande Ste Thérèse. Et de fait, il l’est singulièrement aujourd’hui et nous avons, plus que jamais, à comprendre les enjeux de cette société et nous investir dans la vie de la Cité : ‘La politique est la forme la plus haute de la charité’ avait dit Pie XI…

 

3) Enfin, ce pasteur, il est lui-même la porte

     « Moi, je suis la porte des brebis ». Attention : il s’agit là d’une image différente des 2 précédentes ; il n’y a pas à faire de lien entre elles. Cependant, si nous acceptons de laisser entrer en nous le bon pasteur, si nous le suivons, en sortant de notre enclos, c’est pour être sauvé, entrer dans Sa Vie, cette « vie en abondance » que l’on trouve en le suivant. Et c’est lui seul qui nous donne cette vie : rappelons-nous le discours de Pierre dans les Actes ((4,12) : « En nul autre que Jésus, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver ».

     Alors, que conclure, si ce n’est qu’un homme politique (ou une femme !) ne sera jamais un sauveur, quelqu’un de providentiel, même si une élection présidentielle est importante. Mgr Aillet l’écrit fort justement : ‘Quel que soit le résultat des élections du 7 mai, nous n’oublierons pas pour autant que la politique n’est pas le dernier mot de la vie des hommes. Après le 7 mai, il sera toujours urgent pour les catholiques d’annoncer l’Evangile’ et il insiste : ‘l’imprégnation de la société par l’annonce explicite de l’Evangile est aujourd’hui le moyen privilégié pour reconstruire le tissus social’. Alors n’hésitons pas à suivre ce Bon pasteur, qui nous fait sortir, pour que les hommes « aient la vie, la vie en abondance ».

    

 Père Hervé Rabel