Père Rabel le 7 février 2016

             5ème dimanche du temps ordinaire ‘C’   - Saint-Pierre - 7 février 2016

 

 

     En lisant cet évangile « Avance au large », je me suis souvenu d’une chanson du P. Sevin, le fondateur des Scouts de France : ‘Cœur de Jésus’, avec cette phrase : « Apprenez-nous ce qui fait l’âme grande ».

 

1) Que fait Jésus par rapport aux disciples ? Il leur demande d’abord de s’écarter

     Dans l’évangile, la foule est toujours celle qui « presse » le Seigneur, qui ne prend aucun recul, qui voit son intérêt immédiat. Ici, avec Simon, Jésus « lui demande de s’écarter un peu du rivage ». Avec sa barque, c’est-à-dire ce qui fait son quotidien, son gagne-pain.

     Pour « avoir l’âme grande », ne faut-il pas d’abord accepter de prendre ce recul, avec le Christ. Chaque jour, et surtout pas déconnecté de notre quotidien. Nous allons aborder le carême : l’oraison, la lectio divina, l’adoration : quelle place dans notre vie habituelle ? Mais aussi - et c’est la mention de la barque - avoir une vraie vie d’Eglise, aimer cette Eglise qui nous donne et la Parole et les sacrements. Parce que Dieu seul est notre boussole, pour accéder à cette grandeur d’âme, et Il le fait par son Eglise, qui est le vrai chemin.

 

2) Il y a ensuite cet ordre du Seigneur : « Avance au large »

     Depuis Abraham, être croyant, c’est répondre à l’invitation divine de vivre une aventure. « Va vers le pays que je te montrerai » (Gn 12,1). Abraham ne demande pas où est ce pays ; il part dans la confiance. Même chose avec Simon. « Au large » car faire du sur-place, c’est risquer de perdre cette relation d’amour. Et cela au jour le jour, dans le quotidien de notre vie : « jetez vos filets pour la pêche » ordonne le Seigneur aux disciples.

     « Ce qui fait l’âme grande ». Je pense spécialement aux jeunes. Que leur propose-t-on aujourd’hui, eux qui sont à l’âge des grands rêves, de la générosité sans limite ? Consommer, le suer-marché le dimanche… Récemment, Fabrice Hadjadj notait : « Si nous sommes vivants, c’est pour vivre à fond », et non d’une petite vie mesquine et étriquée. Les jeunes qui partent faire le djihad, que veulent-ils si ce n’est vivre à fond, viser haut. Pauvre société qui n’a que le vide à leur proposer. Mais nous, chrétiens, nous avons cette proposition passionnante du Seigneur : « Avance au large ». Nous avons à apprendre à ces jeunes « ce qui fait l’âme grande ».

 

3) Mais la dernière parole du Christ, dans cet évangile, c’est « Sois sans crainte ».

     Ces jeunes hommes qu’étaient les disciples ont certainement été galvanisés par cette demande du Christ ; du coup, « laissant tout, ils le suivirent ». Il y aura des hauts et des bas, et même des trahisons avec Pierre, mais toujours résonnera dans leur cœur ce « Sois sans crainte ».

     Nous nous vivons avec comme règle absolue de notre société le ‘principe de précaution’. Dans l’Eglise, le cardinal Biffi pointait « Un christianisme sans Christ, un christianisme des valeurs », une vague morale… justement Hadjadj nous alerte : « Je crois qu’il faut retrouver une certaine virilité dans l’annonce de l’Evangile ». Sans arrogance ni prosélytisme, mais avec cette confiance que seul le Seigneur est celui qui « fait l’âme grande ». En unissant notre âme à celle de Jésus, nous pourrons alors vivre pleinement cette aventure de la foi qui nous est proposée.

 

Père Hervé Rabel