Père Rabel le 6 novembre 2016

       32ème dimanche temps ordinaire C - St Pierre / St Jacques - 6 novembre 2016

 

1) « Au Ciel on ne prend ni femme ni mari » ?

     « Ceux qui ont été jugés dignes […] ne prennent ni femme ni mari ». Est-ce une bonne nouvelle ? Il faut préciser les choses : au Ciel, c’est-à-dire dans l’Amour de Dieu, au cœur même de la Ste Trinité, il n’y aura plus besoin de se marier. Parce que le mariage est un sacrement qui conduit à cette autre réalité, encore bien plus ‘réelle’ qu’est le Ciel. Au ciel, il ne s’agira plus de sacrement, mais de réalité : les sacrements, c’est uniquement pour cette terre, une préfiguration, comme un tremplin qui doit nous conduire au Ciel. Surtout la messe, qui est cette rencontre anticipée du Ciel et de la terre.

     Mais alors, est-ce à dire que ces liens que nous avons noués, entre époux et épouse, n’existeront plus ? Avouez que ce serait terrible ! Cet amour profond, approfondi d’année en année, qui a été vécu entre un homme et une femme, ce serait comme une simple parenthèse ? Dont Dieu se moquerait éperdument ! Au contraire, cet amour conjugal sera comme enchâssé dans un amour plus vaste ; bien plus, il sera purifié, émondé, transfiguré.

 

2) Alors pourquoi, sur terre, prendre femme ou mari ?

     Bien sûr, il y a cette réalité de l’attraction des sexes. Et heureusement, il faut encore un homme et une femme pour qu’il y ait un enfant. Mais, bien plus, si le Christ a fait de l’amour de l’homme et de la femme un sacrement de l’Eglise, c’est pour nous faire comprendre, et c’est une superbe parabole, que le désir de Dieu, c’est de nous épouser. Et que notre Epoux, le Christ, va venir à nouveau, dans la gloire, pour des épousailles définitives.

     Il y a quand même cette question du remariage (je ne parle pas des divorcés/remariés, c’est autre chose, il y aura pour eux la miséricorde. Quand on se remarie après veuvage, et c’est bien la question des sadducéens : que se passera-t-il au Ciel. Mais il ne faut pas voir le Ciel comme une terre un peu plus belle, ce qui nous paraît étonnant, au Ciel, pourra se réaliser et l’amour conjugal, même si il s’est manifesté à plusieurs reprises, pourra être englobé dans le feu de l’amour divin, et les liens conjugaux successifs pourront très bien exister, mais transfigurés. « Rien n’est impossible à Dieu ».

 

3) Dernière question, celle de la résurrection de la chair : serons-nous encore homme et femme ?

     ‘Je crois en la résurrection de la chair’. Difficile à imaginer. Mais si Dieu nous a créé homme ou femme, et notre sexe est bien une des composantes essentielles de notre personne, va-t-il vouloir que l’on abandonne cette spécificité ? La résurrection de la chair, cela signifie que nous sommes appelés à être transfigurés, tout entier, tout ce qui fait notre être profond, et spécialement notre corps, notre ‘chair’, c’est-à-dire notre personne avec ses fragilités, ce qui nous permet, justement, de nouer ces relations d’amour avec l’autre.

     D’où cette magnifique ‘Théologie du Corps’ pensée par saint Jean-Paul II : pourquoi Dieu nous créé-t-il homme ou femme, si ce n’est pour nous donner cette dignité d’être de relation, de communion, de fécondité, qui nous rend à l’image de notre Créateur et à la ressemblance de notre Rédempteur, le Christ. « Ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir » dit l’évangile. Il s’agit de chaque être humain, homme ou femme, non pas dignes de par leur propre mérite, mais recevant cette dignité même de Celui qui est venu pour épouser notre humanité et l’élever jusqu’au Ciel.

 

Père Hervé Rabel