Père Rabel le 6 mars 2016

                          4ème dimanche de carême - Saint-Pierre - 6 mars 2016

 

1) Que demande le père à ses serviteurs ? « Habillez-le du plus beau vêtement »

     Ce fils cadet vient de mener une vie de désordre ; en fait, il est défiguré, il n’a plus sa dignité d’homme. Il a « tout dépensé » de ce qui faisait sa grandeur. De plus, il a été contraint de garder les porcs : il n’est vraiment plus digne d’être un homme. L’ainé, ce n’est pas mieux : il « se met en colère » : lui aussi perd toute sa dignité. Exactement comme les hébreux qui, en Egypte, étaient « déshonorés » dit le Seigneur à Josué. Or, ce plus beau vêtement, c’est la robe nuptiale, celle de la nouvelle alliance, qui va rendre au fils toute sa dignité. Ce vêtement, c’est le Christ dont il va être revêtu.

     « Si quelqu’un est dans le Christ » nous dit St Paul. Etre dans le Christ, mais nous le sommes puisqu’à notre baptême, nous avons « revêtu le Christ » ! Et l’objectif du carême, c’est bien de retrouver cette beauté baptismale, cette nouveauté de l’Alliance. Mais finalement, de quelle nouveauté vivons-nous ? Que vivons-nous de différent, puisque baptisé ? Qu’est-ce qui tranche sur nos contemporains ? Et, en réalité, qu’est-ce qui change dans le fait que nous soyons chrétiens ? Alors que nous allons être de plus en plus confrontés à l’Islam, qu’avons-nous à rendre compte de notre spécificité de baptisés ?

 

2) « Mettez-lui une bague au doigt »

     Le fils cadet avait exigé : « donne-moi ». De ce fait, il avait rompu l’alliance avec son père ; et l’aîné n’avait pas fait mieux. C’est vrai que le plus jeune se lève, retourne tout penaud vers son père. Il commence à comprendre que sa dignité, il l’a tient de l’alliance. Mais comment aurait-il pu imaginer l’attitude du père, ces baisers, ces embrassades ! Parce que le père veut donner bien plus : c’est une alliance nuptiale dont il s’agit : des épousailles. Ces épousailles que l’aîné ne comprend pas : « tout ce qui est à moi est à toi »…

     Si les fils d’Israël célèbrent la Pâque à Guilgal, c’est bien l’annonce qu’avec le Christ, l’Agneau immolé, il va s’agir d’épousailles. Et c’est bien l’objectif du carême : réaliser que l’alliance avec Dieu a la force d’épousailles, de noces, scellées par le sang du Seigneur. « Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ » dit St Paul, parce qu’après ces fiançailles de l’Ancien Testament, c’est l’Epoux qui vient. Epouser quelqu’un c’est renoncer aux autres : à quoi acceptons-nous de renoncer ? C’est-à-dire quels choix faisons-nous ? Et puisque ce sont des noces de sang, acceptons-nous de souffrir pour continuer à vivre dans ces choix ?

 

3) « mettez-lui des sandales aux pieds »

     « Traite-moi comme l’un de tes ouvriers » : ce fils qui a été esclave de ses désirs, de ses vices, il accepte une autre servitude. De même l’aîné, esclave de son aveuglement, de sa jalousie. Il croit qu’il est « au service » de son père : il n’a strictement rien compris. Or Dieu nous veut libres, et les sandales, que seuls portaient les hommes libres, en est ce signe.

     Et St Paul d’insister : « nous sommes les ambassadeurs du Christ », son visage aujourd’hui. Et pour cela nous devons vivre de la liberté de fils. L’objectif du carême, ce n’est pas être quelqu’un de ‘bien’, mais de vivre de la véritable liberté. A l’heure de la chape de plomb idéologique, ce n’est pas facile, au moment où les esclavages insidieux se multiplient, ce n’est pas évident. La vraie liberté, ce n’est pas pouvoir tout faire : « c’est mon droit » ! Non. C’est choisir le bien véritable qu’est le Christ. Acceptons-nous de former notre conscience pour déceler où est le vrai bien ? Luttons-nous contre toute ce qui avilit, déshumanise ? C’est en tout cas ce que souhaite le Seigneur, en ce temps de carême, avec cette parabole d’aujourd’hui.

 Père Hervé Rabel