Père Rabel le 5 juin 2016

       10ème dimanche du temps ordinaire ‘C’ - Saint-Pierre de Neuilly - 5 juin 2016

 

 

1) On part d’une division.

     Deux foules qui se croisent : l’une avec le Christ va vers Naïm, qui signifie ‘la beauté’ ; l’autre va vers la mort, avec ce jeune homme. Elles se croisent sans se rencontrer. Finalement, 2 courants en sens inverse, 2 temps ‘fléchés’, qui ont une certaine direction. L’un allant vers le Beau, c’est-à-dire vers Dieu et l’autre vers la ‘culture de mort’.

     Ce qui caractérise notre occident, tellement marqué par le christianisme, c’est ce temps, qui a une direction et qui n’est pas cyclique, d’où cette notion de ‘progrès’, si tangible dans nos sociétés. Seulement, coupé de la transcendance, de l’objectif qui est le Ciel, ce progrès est devenu fou, sans aucune limite. C’est toute la question de notre 21ème siècle : dans quel sens allons-nous ? Le progrès, oui, mais jusqu’ou ? C’est toute la question des limites, essentielle à poser aujourd’hui.

 

2) Il s’opère une rencontre.

     Deux foules qui risquent de se croiser, sans se voir… Or le Christ prend l’initiative : Dieu prend toujours l’initiative, contrairement à Elie dans la 1re lecture. Avec ce spécifique du Seigneur qui est « saisi de compassion ». Qui aime d’un amour de miséricorde. Alors qu’Elie supplie le Seigneur, Jésus, qui est Dieu, agit avec une souveraine puissance.

     Et le mort reprend vie, et se met à parler. Il redevient, en fait, ce pour quoi il a été créé : un être de louange vers Dieu. N’est-ce pas tout l’enjeu de l’encyclique Laudato si’, la bien-nommée ? Dieu vient à la rencontre de l’homme, afin qu’il ne se dirige pads vers la mort, vers la ‘culture de mort’, mais redevienne un être de louange, à sa place, comme créature. Il faut proposer la figure d’un Père créateur, souligne le pape François, qui va limiter la prétention de l’homme d’être dominateur absolu.

 

3) Et l’unité est alors retrouvée.

     Il n’y a plus deux foules allant en sens opposé, qui risquent de s’affronter, tout au moins de s’ignorer. Mais « la crainte s’empare de tous ». De tous ! C’est-à-dire que chacun reconnaît une limite qui est la puissance de Dieu, la présence de Dieu. Et tous redeviennent créatures, tournées vers leur Créateur, redeviennent des êtres de louange » et « rendent gloire à Dieu ».

     Et « cette parole sur Jésus se répand » puisque, comme le rappelle St Paul « Dieu nous a tous appelés pour annoncer l’évangile aux païens ». La démesure actuelle est due à l’exclusion de Dieu. Lisons, relisons Laudato si’. Pendant les vacances qui approchent, par exemple. Les 2 pôles de la post-modernité dans laquelle nous sommes, ce sont cet anthropocentrisme dominateur et cette idée d’un progrès sans limite. Nous avons à proposer quelque chose d’autre, ou plutôt Quelqu’un : celui qu’on peut appeler Naïm, c’est-à-dire la Beauté. Dieu, qui veut nous tirer de la mort vers laquelle nous allons, pour refaire de toute la Création une louange à la gloire du Père.

 

Père Hervé Rabel