Père Rabel le 5 février 2017

                   5ème dimanche du temps ordinaire A - Saint-Pierre - 5 février 2017

 

 

1) Il s’agit de sel et de lumière

     Ce n’est pas un souhait de la part du Christ : ‘J’aimerais tellement que vous soyez sel et lumière !’. Non, c’est une constatation, une réalité : de par votre baptême, vous êtes devenus sel et lumière. Moment de se rappeler que notre baptême fait de nous des prophètes, des prêtres et des rois. Ici, il y a une insistance sur le fait d’être prophète : non pas de prédire l’avenir, mais de parler sans peur au nom de Dieu.

     Sommes-nous encore prophètes ? Rappelons-nous ce fameux discours de Soljenitsyne à Harvard, en 1978 : sur le déclin du courage : ‘Peut-être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui’. Six ans plus tard, un Père Popieluszko donne ra une réponse éclatante, de par son martyre (on a rappelé sa vie il y a 8 jours sur ARTE). Mais aujourd’hui ? Je pense quand même à ces 30 députés – sur 580 ! – et il y avait certainement des chrétiens parmi eux, qui ont osé contester ce nouveau ‘délit d’entrave à l’IVG’…Bref, est-ce que le sel devient fade ? Ose-t-on encore mettre la lumière sur le lampadaire ? Sommes-nous appelés à devenir, aujourd’hui, des dissidents ?

 

2) Il s’agit cependant de ‘faire le bien’

     Le Christ précise à ses apôtres : « Alors, en voyant ce que vous faites de bien ». Il ne nous dit pas d dénoncer d’abord ce qui est mal. Et rappelons nous comment St Pierre résume le ministère public du Christ : « Il passait en faisant le bien ». Et St Paul, aux habitants de Salonique, écrit : « Frères, ne vous lassez pas de faire le bien ». Ici, l’insistance n’est pas tant sur le prophétisme que sur la royauté : notre baptême nous pousse à gérer les choses de ce monde en les tournant vers le bien. C’est-à-dire qu’il ne faut pas déserter. Participer à la gérance de ce monde qui est confié à l’homme. Le sel et la lumière, c’est ce qui met en valeur. Popieluszko ‘avait pour armes la vérité et l’amour’, rien de plus…

     Le risque de tout axer sur le prophétisme, c’est de ne pas être écouté. Et c’est si rapide aujourd’hui : il suffit d’être étiqueté ‘phobe’ (homophobe, islamophobe…) et l’on devient in-si-gni-fiant. L’Eglise n’est plus écoutée si elle donne des leçons. « Sans le prestige du langage ou de la sagesse » dit St Paul. Mais elle est attendue si elle sait être humble et si elle accepte de se mettre au service de l’homme : voyez son rôle pionnier dans les soins palliatifs ou encore ce qu’elle fait pour accueillir les femmes voulant garder leur enfant : El paso, c’est tout près de nous.

 

3) En fin de compte, il s’agit de rendre gloire à Dieu

     Et c’est là où le baptême fait de nous non seulement des prophètes, des rois, mais aussi des prêtres, c’est-à-dire des hommes qui rappellent que nous sommes créés par Dieu et que nous sommes faits pour Dieu, pour sa gloire. « Ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux ». L’objectif n’est pas d’asséner des vérités, comme pouvait l faire un Jean-Baptiste « Tu n’as pas le droit ». Mais bien plutôt d’inlassablement rappeler aux contemporains qu’il faut nous tourner vers Dieu. « Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus-Christ, ce Messie crucifié ».

     Un teste prophétique, s’il en est, c’est bien Laudato si’, mais que nous dit le pape François : il s’agit de gérer avec sagesse cette terre qui nous est confiée. C’est notre mission royale. En nous souvenant qu’un monde sans limite, qu’un monde où l’homme se passe de Dieu, conduit à la catastrophe. ‘Nous ne sommes pas Dieu’, rappelle-t-il avec insistance et, bien au contraire, nous sommes faits pour la louange. Notre monde meurt de l‘absence de Dieu ; l’homme sans Dieu se déshumanise. N’est-ce pas notre mission de croyants que de permettre, comme le souligne St Paul à « l’Esprit et sa puissance de se manifester » ?

 

Père Hervé Rabel