Père Rabel le 4 juin 2017

                           Pentecôte 2017 - St Pierre et St Jacques - 4 juin 2017

 

1) Je souhaite tout d’abord parler de nos frères coptes.

     Vous le savez, le 26 mai dernier, 29 chrétiens coptes d’Egypte ont été massacrés par l’Organisation Etat islamique. On a beaucoup évoqué en Europe le drame de Manchester, beaucoup moins ce qui s’est passé au sud du Caire. J’y reviens, en cette fête de Pentecôte, parce qu’il s’agit là de véritables martyrs. Vous l’avez peut-être lu, les terroristes ont demandé aux hommes de descendre du car, ils les ont alignés et leur ont demandé de prononcer la profession de foi musulmane. Et ils ont répondu : ‘Nous vivons chrétiens, nous mourrons chrétiens !’. Les assassins les ont alors abattus, un par un. Il y a aussi l’attitude de cet enfant, nommé Bishoy : il a dit aux tueurs, en essayant de protéger sa petite sœur : ‘Arrêtez de tirer. Vous nous tuez parce que nous sommes chrétiens’. Et il est mort d’une balle dans le cou et dans le cœur.

     L’Eglise copte est vraiment une église de martyrs. Est-ce que vous vous rappelez les 21 martyrs coptes, décapités par Daech en Lybie en février 2015. Sur la vidéo montrant leur exécution, on voit que certains, au moment de leur mise à mort, répètent : ‘Seigneur Jésus-Christ’, ‘Jésus, aide-moi’.

 

2) Et ici ? Revenons en France.

     Bien sûr, il y a eu le P. Hamel, dont on a ouvert, en avril, la procédure de béatification qui devrait faire du prêtre assassiné par Daech un martyr. Mais nous ne sommes pas en Egypte et, s’il y a une grâce du martyr, elle n’est certainement pas à demander. Alors, puisque cette fête de Pentecôte nous invite au témoignage de foi, que faire ?

     Très récemment, le philosophe catholique Jean-Luc Marion a donné des pistes de réflexion. Il nous demande d’abord de ‘ne pas idolâtrer l’action politique’, faisant remarquer justement que ‘tout projet politique […] ne peut pas et même ne doit pas tout embrasser, sauf à devenir totalitaire’. Rappelant que le mot catholique signifie universel, il nous invite, comme il l’écrit ‘à prendre en charge l’universel’. C’est d’ailleurs ce qui se passe à Jérusalem : « Tous nous les entendons parler dans nos langues maternelles ».

     Et Marion de poursuivre : ‘Etablir une communauté réelle, donc une communion dans un véritable Bien commun, c’est un projet politique qui dépasse le champ et les moyens de la politique. Il y faut plus. Et cela, les chrétiens peuvent ou devraient pouvoir y contribuer puissamment’.

 

3) Alors, quelle est pour nous, l’actualité de cette fête de Pentecôte ?

     Marion annonce, ou espère, un ‘moment catholique’, moment où nous sommes invités à aider notre société à accéder à l’universel. A la Pentecôte, on le voit bien, les apôtres sortent de leur particularité pour oser parler dans un langage universel : « Parthes, Mèdes et Elamites… ». Une mutation culturelle et spirituelle advient. Aujourd’hui, dans une mutation culturelle profonde, l’Esprit-Saint doit nous donner cette mission. Gaultier Bès, jeune catholique qui prône l’écologie intégrale écrit dans un même sens : « Ce n’est ni à l’Elysée, ni même à l’Assemblée que vit la politique, mais à la maison, dans nos choix de vie, nos relations de voisinages, nos solidarités concrètes’.

     Rappelons la 2ème lettre de St Paul à Timothée (1, 7-8) : « Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné […] N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur ». Vraisemblablement pas dans le martyre comme nos frères coptes, mais en comprenant les enjeux spirituels et culturel de notre société et en l’aidant à se détourner de ses idoles pour l’ouvrir à l’universel et au Bien commun.

         

 Père Hervé Rabel