Père Rabel le 3 janvier 2016

                                 Epiphanie 2016 - Saint-Pierre - 3 janvier 2016

 

1) La fête de Noël, elle a une certaine ambiguïté…

     Parce que les clichés ont la vie dure : le petit poupon bien propre dans la crèche, les bergers, les anges, tous bien comme il faut. Et puis, quand même, cette course à la consommation, qui se poursuit. Malgré la COP 21, malgré Laudato si’… On aurait du quand même être alerté par la fête de St Etienne, 1er martyr, le 26 décembre et, lundi dernier, la fête des Sts Innocents, massacre de bébés. Noël n’est pas si rose que ça : en réalité, c’est la préfiguration de la croix !

     La trêve des confiseurs est maintenant terminée, il nous faut tourner cette page un peu intimiste, même si c’est bon, parfois, de se ‘poser’… Les guirlandes sont parties et l’on retrouve la réalité de Noël : un monde où Dieu n’est pas reçu, où Il est nié, pourchassé. Une société où la barbarie des djiadistes semble rejoindre la barbarie occidentale, où la vie des plus faibles est également niée, piétinée. L’ambiguïté de Noël, ou tout au moins le risque, c’est de s’arrêter à ce jour, aux festivités et à la féérie, bref, au doux rêve…

 

2) Heureusement, il y a cette Epiphanie que nous célébrons

     Car ici, les choses sont bien claires : il y a le roitelet, le tyran Hérode et ses mensonges, les peurs des gens bien installés : grands prêtres et scribes. Et le passage d’Isaïe en rajoute : « Voici que les ténèbres couvrent la terre et la nuée obscure couvre les peuples ». Et si les mages étaient des empêcheurs de consommer en rond ? De continuer à jouir tranquillement ? S’ils étaient là pour nous ‘réveiller’ de nos torpeurs ? « Où est le roi des juifs ? » : ils n’ont pas peurs, eux ! Et ils ne se regardent pas le nombril : « Nous avons vu son étoile à l’orient ». Un appel net, qui fait écho à Isaïe : « Debout, Jérusalem ! Elle est venue, ta lumière ». Ca, c’est le vrai visage de Noël !

     Cette lumière, en effet, celle de Noël, allons-nous la remettre sous le boisseau, après une jolie parenthèse ? Noël ne sera-t-il pour nous qu’une ‘belle messe’, une réunion familiale sympathique ? Ou bien un appel fort à refléter cette lumière. « Les nations marcherons vers ta lumière », dit Isaïe : encore faut-il que nous prenions les moyens de devenir ces lumières, reflétant celle du Sauveur. Dieu nous fait cet honneur d’être chrétien ! Nous donne mission d’être lumières dans ce monde assez sombre. Voyez le changement de vie auquel Laudato si’ nous appelle : la sobriété qui nous est demandée. Le pape François parle de ‘maison commune’ : c’est à nous de permettre au Christ d’avoir sa place dans cette salle commune, alors qu’il n’y en avait pas pour la Ste Famille à Noël.

 

3) Mais, pour la célébrer en vérité, il nous faut, comme les mages, « repartir par un autre chemin ».

     Et cet ‘autre chemin’ ne peut être que le Christ. Les mages lui ont tout donné, c’est-à-dire eux-mêmes, leurs propres personnes, en ouvrant leurs coffrets. Ils se sont vidés d’eux-mêmes, pour accueillir le Seigneur. Le Christ est né en eux, et pas seulement dans la crèche. Ils sont tombés et se sont prosternés, néanmoins ils n’ont pas pris cet enfant pour une idole (c’est le risque de Noël), puisque, l’ayant trouvé, ils vont le chercher à nouveau. Ils repartent « dans leurs pays », vont porter le Christ dans leurs activités habituelles.

     Aurons-nous la force de le faire ? Isaïe nous dit : « Lève les yeux alentours et regarde ». Vois la situation, courageusement, avec toute sa complexité. Vois toutes les traces de cette culture de mort. Mais vois également tous les signes d’espérance que Dieu ne cesse de poser sur cette terre. Vois tous ces signes de la présence aimante du Seigneur, surtout en cette année de la Miséricorde. Il faut allier lucidité et foi, ce qu’on fait les mages. Oser affronter les méchants, comme ils l’ont fait, ne pas se laisser anesthésier par les mensonges de ce monde. Mais avoir le courage, à travers toutes les ambiguïtés de ce temps, d’aller vers le Seigneur, en sortant de nos assoupissements. « Avoir souci du faible et du pauvre », comme nous le demande le psaume. Si Noël reflète une certaine ambigüité, cette fête de l’Epiphanie nous oblige à en sortir, à affronter le réel, à devenir pour ce monde que Dieu aime, les reflets de la lumière du Rédempteur.

 

Père Hervé Rabel