Père Rabel le 28 février 2016

                   3ème dimanche de carême ‘C’ - Saint-Pierre - 28 février 2016

 

 

1) Tout d’abord des faits divers…

     Le 1er concerne des gens responsables, vraisemblablement auteurs de révolte, ces Galiléens massacrés par Pilate ; le 2nd qui tient aux aléas de la nature : cette tour qui s’écroule. Dans ces 2 évènements, de la violence, de la souffrance. Exactement comme aujourd’hui. Mais également comme au temps de l’Exode : pourquoi ces souffrances des Hébreux, cette mise en esclavage ?

     N’y a-t-il pas là un appel, venant du Christ, à réfléchir sur notre monde : ces violences, ces souffrances dont personne n’est finalement responsable : un accident de la route, un cancer qui se déclare. Avec tous les ‘pourquoi’ qui en découlent. St Paul déclare aux corinthiens : « Frères, je ne voudrais pas vous laisser ignorer ». Il est donc possible de comprendre un peu quelque chose de ce qui nous paraît absurde, ou révoltant.

 

2) D’où le 2ème temps de cet évangile, avec l’appel du Seigneur

     C’est le point central de notre texte : « si vous ne vous convertissez pas ». Il s’agit donc de la conversion. Qu’est-ce à dire ? Se convertir, ce n’est pas ‘se tourner vers’, mais, étymologiquement : ‘cum + vertere’ : ‘se tourner AVEC’. L’appel du Christ, c’est cela : convertissez-vous, sinon, vous risquerez d’être entraîner dans l’absurde, ou de vous décourager devant tant de violence, de souffrance.

     Peut être un appel central, au milieu de ce carême : il s’agit de notre relation au Christ. Non pas se tourner vers lui, mais réaliser qu’Il habite au plus profond de nous et qu’il s’agit d’être AVEC lui, lui qui est avec nous. La finale de St Matthieu n’est-elle pas : « Et moi je suis AVEC vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » ? Nous n’avons pas d’explication à donner, par rapport à cette violence, cette souffrance qui risquent de nous submerger, mais nous avons cette assurance : l’amour du Christ nous accompagne, lui qui nous a dit : « mon joug est facile à porter ». C’est pourquoi St Paul évoque ce « rocher spirituel qui suivait les hébreux », et ce rocher était le Christ.

 

3) Et le 3ème temps, logiquement, c’est celui de la patience de Dieu

     Car ce n’est pas si facile à vivre, à réaliser. D’où l’image habituelle de la Vigne, Israël, du vigneron, le Christ, qui intercède pour cette vigne, nouveau Moïse « qui fera sortir d’Egypte les fils d’Israël ». Moïse qui sort le peuple de ce lieu de souffrance, pour l’emmener vers la terre promise. Le Christ qui nous accompagne, à travers nos souffrances, nos ‘pourquoi’, vers le Ciel.

     L’Evangile est toujours Bonne Nouvelle, même si notre passage se termine par « tu le couperas ». Cette bonne nouvelle, c’est cet appel que nous lance le Christ de porter du fruit, dans un monde qui, apparemment, en porte si peu, dans une société qui semble être devenue folle, qui se coupe de toutes ses racines. N’est-ce pas l’objectif du carême : non pas être ‘meilleur’, mais avec et par le Christ, porter du fruit pour la gloire du Père ? S’émerveiller de cette patience du Père, rendre grâce pour le Christ qui est à nos côtés, mais aussi demander l’Esprit d’audace, afin d’être de vrais témoins, dans ce monde si difficile et si douloureux. St Paul évoque « celui qui se croit solide » : nous le serons si nous nous enracinons profondément dans notre rocher, le Christ.

 

Père Hervé Rabel