Père Rabel le 26 février 2017

               8ème dimanche du temps ordinaire ‘A’ - Saint-Pierre - 26 février 2017

 

1) Trois appels dans cet évangile : un appel à être libre

     « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent ». L’Argent avec un grand ‘A’, c’est-à-dire Mammon. Le dieu Argent. Et le verbe n’est pas ‘servir’ mais très exactement ‘asservir’. « Je suis esclave de la loi de Dieu » écrit St Paul (Rm 7,25) mais c’est un esclavage nous conduit à la véritable liberté. Car, écrit-il par ailleurs : « C’est pour que nous soyons vraiment libres que le Christ nous a libérés » (Ga 5,1). Par contre, l’asservissement à Mammon nous rend véritablement esclaves. Et attention, ce ‘Mammon’ n’est pas seulement l’argent, les biens matériels, mais tout ce qui nous empêche d’être libre : le smartphone, la télévision, le sexe, la boisson…

     Dans 3 jours, nous entrons dans le temps du carême. L’objectif de ce temps liturgique, c’est, justement, d’acquérir ou de retrouver cette liberté des enfants de Dieu. Alors, n’attendons-pas que ce carême file à toute allure : dès à présent, posons-nous et voyons à quelle liberté le Christ nous appelle. Dans un monde où les esclavages se multiplient, nous avons 3 jours pour nous remettre sous le regard de Dieu. Dans ce temps de grâce qui arrive, à quelle liberté tu m’appelles ? C’est-à-dire : de quel esclavage veux-tu me débarrasser afin que je sois libre pour Ta gloire ?

 

2) Le 2ème appel, c’est un appel à opérer un discernement

     A 6 reprises, dans cet évangile, revient le mot ‘souci’. En grec, c’est plutôt : s’inquiéter, se préoccuper de… Bien entendu, le Seigneur ne nous demande pas d’être comme la cigale de la fable ! Nous sommes dans le monde et il est bien logique de se soucier du lendemain, d’épargner, pour se nourrir, se vêtir… Mais est-ce un souci normal, ou une inquiétude quotidienne, allant jusqu’à nous absorber entièrement. Rappelons-nous le reproche du Seigneur : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses » (Lc 10, 41).

     « Cherchez d’abord le royaume de Dieu » nous demande le Christ. Dans 3 jours, l’Eglise, va nous proposer d’entrer dans ce temps où nos préoccupations devront être réorientées vers la recherche du Royaume. C’est bien pourquoi il nous faut opérer un discernement. Dans ma vie, est ce que je m’inquiète, est-ce que je suis préoccupé, au risque de ne plus voir les signes du Royaume ? Un peu comme Marthe, alors que Marie « a choisi la meilleure part ». Elle a choisi, elle a su discerner : à 3 jours du carême, demandons à l’Esprit-Saint de nous permettre de voir quelle réorientation dans notre vie quotidienne nous avons à opérer.

 

3) Enfin, le 3ème appel, c’est un appel à chercher

     « Cherchez d’abord… ». « Regardez… observez ». « Attendez la venue du Seigneur » écrit St Paul, mais que ce soit une attente active. Rappelez-vous les paraboles du royaume : celle du trésor caché dans le champ qu’il faut découvrir, ou de la perle de grande valeur qu’il faut acheter… »Mon salut et ma gloire se trouvent près de Dieu » dit le psaume : c’est bien pourquoi il faut chercher…

     Dans quelle direction ? Ce dimanche, nous accueillons, dans le cadre des 50 ans du diocèse, la statue de Ste Geneviève, patronne de ce diocèse. Quelle a été sa tâche première, dans ce Vème siècle menacé par les barbares ? La défense de la cité. Alors, je pense à la définition de la vocation des laïcs donnée par le concile Vatican II : elle consiste (LG § 31) ‘à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu’. En ces moments où, à travers la campagne électorale, la vie de la cité est vraiment en cause, ce carême, un peu particulier, ne va-t-il pas être un moment où chacun va pouvoir s’interroger : comment, à travers mon investissement au service de la cité, je peux ordonner tout cela selon Dieu ? N’est-ce pas une réponse à la demande du Christ : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice » ? N’est-ce pas un signe qui nous est donné ? N’y a-t-il pas une urgence, pour chacun de nous ?

    

 Père Hervé Rabel