Père Rabel le 24 janvier 2016

             3ème dimanche du temps ordinaire ‘C’ - Saint-Jacques - 24 janvier 2016

 

     Que fait le Christ dans ce passage d’Evangile : il ouvre le livre, il le referme et s’assoit. Enfin, il déclare : « Ce passage s’accomplit ».

 

1) Et tout d’abord, il ouvre le livre

     Nous sommes dans la synagogue et il s’agit d’Isaïe, livre essentiel de l’Ancien Testament, celui qui va annoncer le Serviteur souffrant. 400 ans auparavant, avec Esdras, le Livre de la Loi est lu solennellement et fait autorité pour la communauté qui se reconstruit après l’Exil. C’est l’objectif de St Luc : composer un récit qui fasse autorité dan la communauté chrétienne. « Composer un récit des événements ».

     En ce ‘temps ordinaire’, dans cette morosité ambiante, d’autant que ce mois de janvier n’aide pas au dynamisme, n’y a-t-il pas là un appel à méditer la Parole de Dieu ? Voyez la grandeur de la scène d’Esdras, l’importance qu’y attache le peuple, son attention extrême. « Ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi ». Comment nous imprégnons-nous de la Parole, ces lettres d’amour que nous adresse le Seigneur, à travers son Evangile ? Prenons-nous le temps de ‘ruminer’ cette Parole, qui est là pour nous dévoiler le projet de Dieu ?

 

2) Mais le Christ, on le voit, referme le livre et s’assoit…

     Esdras, lui, ne referme pas le livre de la Loi ; au contraire, on le traduit, on lui donne son sens… Ce livre, le Christ « le rend au servant et s’assoit ». Il s’assoit, c’est-à-dire qu’il enseigne. Ce n’est plus tant le livre qui est important que la personne même de Jésus, parce que « Le Seigneur l’a consacré par l’onction ». Nous passons du livre à une personne…cette personne dont on v se rendre compte « de la solidité des enseignements ».

     Avec le Christ, et c’est là toute la nouveauté, la Parole s’est faire chair ; c’est d’ailleurs ce que nous venons de fêter à Noël. Nous ne sommes nullement une ‘religion du Livre’, comme on voudrait nous le faire croire. Nous sommes une religion de la Parole, du verbe, fait chair : « Et le Verbe s’est fait chair, et Il a habité parmi nous », écrit St Jean… Et c’est là où réside la Bonne Nouvelle : « Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle » reprend le Christ. Si le peuple pleurait en écoutant Esdras, combien plus devrions nous nous réjouir, en réalisant que notre Dieu vient nous rejoindre, au cœur de notre vie, de nos misères, de nos attentes. La ‘rumination’ de la Parole doit avoir comme seul objectif : accroitre notre amour du Christ.

 

3) Le Christ s’assoit et il parle : « Ce passage de l’Ecriture s’accomplit ».

     Il ne rejette nullement la Loi ni les prophètes, mais affirme qu’il ne s’agit que d’une annonce. Tout l’Ancien Testament n’est qu’une longue préparation de la Nouveauté qui arrive. Il a préparé les cœurs de ce peuple pour qu’il puisse, un jour, accueillir cette Nouveauté. Pas tous, mais un certain nombre vont accueillir la Parole faite Chair : ceux qui « ont été les témoins oculaires » dit St Luc. Et cela a suffit pour que la Nouveauté du christ se manifeste.

     Mais cette Ecriture devenue Nouveauté doit s’accomplir. Et où s’accomplit-elle, si ce n’est dans l’Eglise. D’où ce passage des Corinthiens où St Paul nous rappelle « vous êtes le Corps du Christ » : car c’est à nous d’accomplir aujourd’hui la Parole. A nous d’être cette « joie du Seigneur » qu’annonçait Esdras. Non seulement nous avons à méditer la Parole, non seulement nous avons à répondre à l’amour du Christ, mais, surtout, nous avons, en devenant disciples-missionnaires, comme le dit l pape, à nous sentir partie prenant de cette Nouveauté que nous avons célébrée il y a à peine un mois. Nous qui sommes membres du Corps du Ressuscité, il nous faut devenir, plus que jamais, missionnaires de la Bonne Nouvelle faite chair.


 Père Hervé Rabel