Père Rabel le 21 février 2016

                     2ème dimanche de carême ‘C’ - Saint-Pierre - 21 février 2016

 

 

1) Les disciples sont « accablés de sommeil »

     Pourquoi ce détail ? Mais parce que, dans la Bible, c ‘est le signe qu’une alliance va se manifester. Au moment de la grande alliance avec Abraham, « un sommeil mystérieux » tombe sur lui. Mais déjà, lors de la 1re alliance, celle de la Création, Dieu « fit tomber [sur le 1er homme] un sommeil mystérieux » (Gn 2, 21). Et dans l’alliance définitive, à Gethsémanie, Jésus trouve ses disciples endormis. Tout l’Ancien Testament converge vers cette Alliance nouvelle et éternelle. C’est pourquoi Moïse (la Loi) et Elie (les prophètes) sont présents. Mais ce sommeil est le signe qu’on entre dans le mystère de Dieu

     Pascal a écrit : « Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde. Il ne faut pas dormir pendant ce temps là ». Il y a un temps pour dormir, il y a un temps pour vivre pleinement ce mystère de l’Alliance, en étant éveillé. Pour contempler la gloire de Jésus et en être les témoins. Et c’est bien un des objectifs du carême. « Tenez-bon dans le Seigneur », nous demande St Paul : tenir bon, c’est tenir notre rôle de guetteur, de veilleur.

 

2) Les disciples, avec Pierre, « ne savent pas ce qu’ils disent ».

     On comprend qu’ils soient déroutés par cette théophanie. Mais pourquoi ce désir de « faire 3 tentes » ? Parce que la tente est la demeure de Dieu, le signe de sa présence. Et que la tentation, c’est toujours de s’approprier Dieu, de mettre la main sur Lui. C’est si facile de s’installer, comme d’ailleurs de s’endormir ! De croire qu’on est maître de la situation…

     Survient la nuée et l’ombre, également des signes de la présence agissante de Dieu : et les disciples acceptent d’y entrer. Ils acceptent cette initiative de Dieu, qui les invitent à entrer dans l’inconnu, comme Abraham : « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu peux » : c’est-à-dire : quitte ton regard humain et prend le regard même de Dieu. Le carême doit nous déposséder de ce désir d’être le maître et doit nous inciter à entrer dans le projet de Dieu, avec entière confiance. « Nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus-Christ », écrit St Paul : ce n’est pas nous qui nous sauvons, seul le Christ nous fait entrer dans l’intimité du Père.

 

3) « Les disciples gardèrent le silence »

     Parce que c’est essentiel d’entrer dans la contemplation du mystère de Dieu, de cette Alliance glorieuse, dont la Transfiguration est l’annonce. A juste titre, les disciples ont peur, peur d’affronter la croix avec le Christ. Et cet épisode où la gloire transparait est là pour les réconforter. Bientôt ils monteront, à la suite de Jésus, vers Jérusalem. Et il leur faudra l’Esprit de Pentecôte pour comprendre le mystère qui s’est accompli avec la croix et la résurrection.

     Le carême est également ce temps où l’on garde le silence, où l’on approfondit le mystère de l’Alliance, où l’on entre dans le mystère pascal. Mais le silence doit déboucher sur la parole, sur l’annonce explicite. C’est ce que fera Pierre, en référence à la Transfiguration, il dira (2 P 1,17) : « Nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus-Christ ». « Ecoutez-le », dit la voix lors de la Transfiguration : pendant ce carême, écoutons-le, afin d’en devenir, aujourd’hui, les porte-paroles, actifs, agissants, et fermes dans la foi et l’espérance.

 

Père Hervé Rabel