Père Rabel le 20 novembre 2016

                           Christ Roi - St Pierre / St Jacques - 20 novembre 2016

 

 

1) Cet évangile met en valeur un brigand

     Il y a tous ceux qui se moquent du Christ, tous ces visages de haine. Mais au cœur de cet évangile, il y a un homme : un ‘malfaiteur’. Mais Matthieu et Marc l’appellent ‘brigand’. Exactement comme Barrabas. Bref, un combattant de la résistance contre l’occupant romain. Quelqu’un qui a du sang sur les mains. Je pensais à Jacques Fesch, ce ‘bon larron’ moderne, guillotiné en 1957 après avoir tué un policier, à l’issue d’un braquage raté.

     Est-ce que cela ne fait pas penser à St Paul : « Ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est » (1 Co 1, 28). Le chrétien, ce n’est pas quelqu’un de ‘bien’ ; au contraire, c’est quelqu’un qui reconnaît qu’il est pécheur : « Pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons ». En prison, Jacques Fesch écrira : ‘La grâce m’a visité, une grande joie s’est emparée de moi et surtout une grand paix. Tout est devenu clair en un instant’… Un chrétien, quelqu’un, surtout qui regarde vers Jésus : « Mais, lui, il n’a rien fait de mal ». Dans les Actes (10, 38) Pierre résume le ministère du Christ : « Là où il passait, il faisait le bien et guérissait… » : accepter que Jésus vienne nous guérir.

 

2) Cet homme, ce brigand, il va défendre Jésus

     « Tu ne crains donc pas Dieu ! », dit-il à l’autre malfaiteur. Je pense à cette mystique juive, Etty Hillesum, morte à Auschwitz en 1943, qui écrivait un an avant : ‘Je vais t’aider mon Dieu à ne pas t’éteindre en moi […] tu ne peux pas nous aider, mais c’est à nous de t’aider et de défendre, jusqu’au bout, la demeure qui t’abrite en nous’.

     Maurice Zundel, ce grand mystique catholique, écrivait : ‘Il ne s’agit pas de nous sauver d’une menace qui viendrait de Dieu, mais de sauver Dieu de la menace que nous sommes pour lui’. ‘Ce n’est plus nous qu’il s’agit de sauver, mais Dieu qu’il faut sauver de nous-mêmes’. Et il citait ce mot magnifique de Graham Greene, dans ‘La Puissance et la Gloire’ : «’Aimer Dieu, c’est vouloir le protéger contre nous-mêmes’… Notre Roi est une réalité si fragile : il faut le défendre, contre tout ce qui veut le réduire à néant, et d’abord notre propre péché.

 

3) Cet homme, ce moins que rien, va avoir ce mot extraordinaire : « Jésus, souviens-toi de moi ».

     Il comprend que cet homme sur la croix, privé de tout pouvoir, de toute puissance, est le Roi véritable. Au milieu des ricanements, des blasphèmes, des moqueries, de la dérision, il y a ce mot de tendresse : « Jésus ». Ce brigand va prendre Dieu au sérieux, va Lui laisser toute sa place, va Le reconnaître comme Sauveur. Et, comme le dirait Zundel, va permettre de ‘fermer l’anneau d’or des fiançailles éternelles’ : « Aujourd’hui, tu seras avec moi ».

     Une procédure de béatification est en cours pour l’assassin Jacques Fesch. Pourquoi ? Parce que, dans sa prison, il a été retourné par la grâce. Parce qu’il a pris l’amour du Christ au sérieux. A l’aube du jour où il a été guillotiné, il écrira : ‘Dans 5 heures, je verrai Jésus ! Il m’attire tout doucement à lui, me donnant cette paix qui n’est pas de ce monde’. Dimanche du Christ-Roi, un roi si paradoxal, qui ne cesse de solliciter notre amour. Qui souhaite qu’avec plus de ferveur, de sérieux, nous sachions dire : « Jésus, souviens-toi de moi ». Tout simplement : Jésus, je t’aime. Qui disait : ‘L’amour n’est pas aimé’… ?

    

Père Hervé Rabel