Père Rabel le 2 novembre 2016

                                               2 Novembre 2016 - Saint-Pierre

 

 

1) Prier pour tous les défunts, c’est s’interroger sur ce qu’est la ‘vie éternelle’.

     Il y a quelques jours, une dame me disait : ‘Je souhaite rencontrer le Christ aujourd’hui… Après ma mort, je ne sais pas trop’. Après la mort ? Qu’imaginons-nous ? Une survie, une sorte de rallonge, un refuge, une consolation ? Est-ce que, trop souvent, nous ne pensons pas : la vie, la mort et une ‘autre vie’. En fait, il ne s’agit pas de savoir si on sera vivant APRES mais si l’on est vivant AVANT notre mort ! Car la rencontre avec le Christ, elle est bien pour aujourd’hui. C’est St Augustin qui écrivait : ‘Et voici que tu étais au-dedans et moi au-dehors et c’est là que je te cherchais’.

     Ce qu’on appelle la ‘vie éternelle’ n’est pas une vie ‘après’, mais bien la Vie d’un Autre, en moi, vie confiée à la mienne. « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent », dit Jésus (Jn 17,3). Cet ‘au-delà’ bien flou est, en réalité un ‘au-dedans’ vers lequel il nous faut aller, qu’il nous faut rejoindre. Il ne s’agit pas de ‘sauver sa peau’, mais d’aller à la rencontre de cet amour qui, depuis notre baptême, ne cesse de nous solliciter. Ce Trésor qui nous est confié et que le baptême permet de rejoindre. Il nous faut prier pour nos défunts pour que cette rencontre se réalise pour eux dans sa plénitude.

 

2) Prier pour les défunts, c’est réfléchir sur cette seconde naissance, qui est proposé à chaque homme

     Je ne sais pas si vous avez été voir le film ‘Les Pépites’. C’est l’histoire de Christian et de Marie-France des Pallières, qui ont sauvé des petits cambodgiens de l’horreur des décharges, pour leur permettre d’être des vivants. Christian disait que sa vie avait pris une densité lorsqu’il en avait fait une aventure du don de soi ; il est entré pleinement dans la vie le 24 septembre dernier. C’est vrai qu’on peut vivre au niveau biologique, mais n’est-ce pas survivre : manger, dormir, se divertir… ? Ou bien s’appuyer sur ces forces naturelles, pour, comme le dit Jésus, devenir « source d’eau jaillissant pour la vie éternelle » (Jn 4,14). ‘Tu peux faire de ta vie un ‘Je t’aime’, telle était le thème d’anciennes J.M.J… Regardez le P. Kolbe : il est entré dans la mort en étant vivant, en étant plus grand que la mort. Parce qu’il avait pleinement grandi dans le Christ.

     Il faut s’enraciner profond aujourd’hui dans notre vie, pour aller à la rencontre du Dieu vivant, en Lui permettant de jaillir en nous, en faisant de notre existence une offrande. En devenant transparent à cette vie divine. C’est bien d’une seconde naissance qu’il s’agit, en faisant de notre vie un don, en devenant vraiment homme, puis que l’homme ne l’est véritablement que dans le don de lui-même. Ce qui nous est proposé, c’est donc d’être vivant avant la mort. Et prier pour les défunts, c’est les aider à réaliser pleinement cette seconde naissance, cette naissance définitive.

 

3) Prier pour les défunts, c’est enfin réaliser que cette vie éternelle, c’est bien une vocation

     Beaucoup d’êtres humains ne vivent pas, mais survivent : ils s’étourdissent par l’activisme, la consommation, le désir de posséder. Ils épuisent, au jour le jour, leurs réserves biologiques. Or nous sommes appelés à bien plus : à devenir source. A transfigurer notre vie, à l’arracher de ces pesanteurs naturelles. Voyez St François, tout entier transfiguré en Amour, pour lequel la mort n’a pratiquement plus rien à purifier. Où il n’y a plus chez lui qu’une très mince cloison qui le sépare du Ciel.

     Notre vocation d’homme, et de chrétien, c’est de décider de vaincre la mort, de devenir Ciel, vie éternelle. Passer de cette 1re naissance, qui est subie, à la seconde, pour devenir louange de gloire, comme le désirait Ste Elisabeth de la Trinité, récemment canonisée, pour réaliser notre vocation. Même si elle reste douloureuse, la mort ne sera plus que se défaire de ce qui est déjà mort, ces « sarments que le vigneron taille pour qu’ils portent du fruit » (cf. Jn 15,2). Et prier pour nos morts, c’est les aider à atteindre ce pour quoi chacun de nous est fait : être accueilli, dans la lumière, auprès de Dieu. ‘Reçois-les, dans ta lumière, auprès de toi’ dit le memento de la prière eucharistique.

 

Père Hervé Rabel