Père Rabel le 2 avril 2017

                       5ème dimanche de carême ‘A’ - Saint-Pierre - 2 avril 2017

 

 

1) Il est rare que le Christ exprime à ce point ses sentiments : « Seigneur, celui que tu aimes… »

     Un peu plus loin : « Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare… » ; et plus tard, les juifs : « Voyez comme il l’aimait ! ». Il s’agit là de ce qu’on peut appeler un 1er amour, l’amour que Dieu créateur a pour toutes ses créatures. Il s’agit ici du verbe ‘agapèo’ : l’amour que l’on a pour un être humain, avec une nuance d’affection.

     Dieu aime chaque homme, parce qu’Il l’a créé, avec grande affection. Chacun est aimé de Dieu, croyant ou non, chrétien ou pas. Dieu cherche le bien de chacun inconditionnellement. D’où le verbe ‘agapèo’, différent de ‘philéo’ qui signifie aimer amicalement. Mais alors, qu’est-ce qui différencie le baptisé d’un non-baptisé ?

 

2) Devant la mort de son mi, Jésus « fut saisi d’émotion ».

     Non seulement « saisi d’émotion », mais St Jean insiste : « il fut bouleversé et se mit à pleurer ». Ou plus précisément, il « frémit en son esprit et il fondit en larmes ». N’est-ce pas étonnant ! Jésus est violemment ému… jusqu’aux entrailles, bouleversé devant la mort de celui qu’il aimait.

     Pourquoi ? Mais parce que devant la souffrance et la mort, ce qu’Il n’avait pas prévu dans son 1er amour, cet amour de création, le cœur de Dieu se brise. Souvent, devant la souffrance, on se questionne : ‘Mais que fait donc Dieu ?’ Dieu… eh bien, Il pleure ! C’est-à-dire qu’apparemment, il ne peut rien faire d’autre que pleurer, compatir, souffrir avec celui qui souffre. Apparait alors, non plus le 1er amour, cet amour de créateur, mais un 2nd amour, Dieu qui est blessé par nos blessures. Dieu au cœur brisé, d’où va sortir un amour de miséricorde… Cet amour proposé à chacun.

 

3) Lorsqu’il arrive au tombeau, « Jésus est repris par l’émotion ».

     Ou plutôt : « frémissant de nouveau en lui-même ». Est-ce la même situation qu’auparavant, lorsque Jésus était « saisi d’émotion » ? Non, car il y a eu l’acte de foi de Marthe : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde ». Merveilleux acte de foi ! Qui permet à ce 2nd amour, cet amour de miséricorde, de devenir actif. Et c’est pourquoi Jésus va dire : « Lazare, viens dehors ! ».

     Dieu nous a créés - c’est ce 1er amour – mais sans nous demander notre avis. Mais il ne peut nous sauver, c’est-à-dire nous re-créer, qu’avec notre acquiescement, notre consentement. Ce 2nd amour a besoin de notre acte de foi, de notre collaboration. D’ailleurs, on le voit bien, « Jésus crie d’une voix forte ». Pourquoi ? Parce qu’il sollicite cet acte de foi. Il en est extrêmement désireux. Pour que, par ses blessures, son cœur déchiré, il puisse nous guérir de nos propres blessures et nous emporter dans la gloire du Père : « Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ». C’est cet amour que, nous, baptisés, nous accueillons par notre acte de foi. Cet amour de Dieu qui est différent de celui pour un non-baptisé, c’est-à-dire quelqu’un qui n’a pas fait cet acte de foi.

     Nous nous acheminons vers la Passion et la croix : le lieu où le cœur de Jésus va se briser, le lieu où ce 2nd amour va pouvoir se manifester, mais à la condition que nous sachions, comme Marthe, redire : « Oui, Seigneur, je crois, tu es le Christ, le Fils de Dieu ».

 

 Père Hervé Rabel