Père Rabel le 19 mars 2017

                     3ème dimanche de carême ‘A’ - Saint-Pierre - 19 mars 2017

 

1) 3 titres sont donnés à Jésus : prophète

     « Je vois que tu es un prophète ». Un prophète, ce n’est pas celui qui prédit l’avenir, c’est celui discerne le projet de Dieu et parle en son nom, avec courage, au risque de choquer, de heurter. C’est donc celui qui prend du temps pour découvrir sa propre mission, comme l’a fait Jésus au désert. C’est celui qui dialogue longuement avec le Seigneur, comme le fait la samaritaine. C’est celui qui n’a pas peur d’aller à contre courant : « Comment ! Toi, un juif, tu me demandes à boire… ! ».

     Nous sommes parvenus à la mi-carême. Où en sommes-nous de notre écoute de la Parole de Dieu, de notre dialogue intime avec le Seigneur ? Avons-nous mieux compris quelle mission Il souhaite nous confier, en fonction de nos talents ? Rappelons-nous que, par notre baptême, nous sommes devenus prophètes, témoins de Dieu, son porte-parole. Et que nous avons une parole, même si elle choque, à dire, au nom du Seigneur. Bien plus, c’est en jouant pleinement notre mission de prophète que nous pourrons mieux entrer dans la compréhension de ce que nous demande le Christ, nous qui avons à être ses ‘ambassadeurs’, comme le rappelle St Paul.

 

2) Messie/Christ

     « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ ». Le Christ, c’est celui qui est choisi, consacré et envoyé. La femme dit : « Je sais qu’il vient » : elle n’en est qu’au stade d’une connaissance intellectuelle, qui la touche encore peu. Et Jésus la fera passe à une rencontre profonde, qui marquera sa vie. Aujourd’hui, c’est le dimanche du 1er ‘scrutin’ pour ceux qui seront baptisés à Pâques. Ils vont, dans leur combat spirituel, recevoir la force du Seigneur.

     Nous sommes à la moitié de ce carême. Le chrétien, de par son baptême, est un ‘autre Christ’ : consacré et envoyé. Autrement dit : ‘disciple/missionnaire’. Avons-nous pris les moyens de passer d’une connaissance intellectuelle, qui finalement ne nous engage pas, à une relation plus vitale avec le Christ, qui nous pousse à l’annoncer ? « Je le suis, moi qui te parle ». Quelle relation avons-nous approfondi avec le Seigneur, au point que nous ne pouvons pas ne pas l’annoncer ? De ‘prophète’, la femme est appelée à découvrir le Messie, le Christ : avons-nous mené ce combat spirituel, en avons-nous pris les moyens ?

 

3) Sauveur

     « Nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde ». Un titre difficile à comprendre. Qu’est-ce que signifie aujourd’hui ‘être sauvé’ ? Sommes-nous vraiment perdus ? Avons-nous besoin d’un sauveur ? Et pour ceux qui nous entourent… ? Etre sauvé, c’est comprendre que nous recevons tout d’un Autre, qui veut notre bonheur et qui, par sa grâce, nous fera grandir dans toutes nos dimensions, et nous permettra d’entrer pleinement dans la vie, et nous fera partager sa Joie. Est-ce que cela ne va pas complètement à l’encontre de cette ‘démesure anthropologique’ dont par le pape François ?

     En cette mi-carême, nous sommes dans des turbulences politiques fortes, qui peuvent nous décourager, voire nous désespérer. Or, il faut le dire clairement, nous n’avons pas à attendre un sauveur : le Royaume de Dieu ne se construira pas sur cette terre ; seuls les totalitarismes le veulent. « Mon royaume n’est pas de ce monde », dit Jésus. Mais s’il ne faut pas tout attendre des hommes politiques, il nous faut travailler, humblement, à l’avènement du règne de Dieu. Le concile nous le rappelle : ‘Chercher le règne de Dieu à travers la gérance des choses temporelles qu’il convient d’ordonner selon Dieu’. Le carême n’est pas une gourmandise pieuse : c’est un moment où Dieu nous appelle à prendre plus fortement notre place, comme disciple, dans cette société blessée, où nous avons à être les témoins d’un Amour miséricordieux.

 

     Père Hervé Rabel