Père Rabel le 19 février 2017

                 7ème dimanche du temps ordinaire ‘A’ – St Pierre – 19 février 2017

 

 

1) « Soyez saints, soyez parfaits » : cela parait complètement utopique

     On a envie de réagir : c’est très beau, mais soyons réalistes. Peut-être pour quelques uns… mais pas pour nous ! On essaye de faire ce qu’on peut… et ce n’est déjà pas mal ! En réalité, c’est impossible, mais c’est là où l’on se trompe : il ne s’agit pas de nous, on ne sera jamais saint, jamais parfait. Regardons le début de l’évangile : « les disciples sont rassemblés autour de Jésus ». Il s’agit du Christ, le seul saint.

     ‘La perfection n’est pas de ce monde’ dit-on ; et, de fait, la perfection, c’est le Christ, l’homme parfait, qui vient en ce monde. Et l’objectif de toute vie chrétienne, c’est de nous laisser ‘christifier’, de devenir Christ. St Paul écrit : « le temple de Dieu, c’est vous », et nous le devenons en accueillant le Christ, en nous laissant façonner par l’Esprit. « Vous, vous êtes au Christ » dit-il aux Corinthiens et, dans l’évangile, Jésus nous demande « d’être vraiment les fils de son Père », bref d’être l’image du Fils unique.

 

2) ‘Vaste programme’ dirait-on ! Et pourtant, n’y a-t-il pas urgence ?

     Notre baptême veut-il dire quelque chose ? Ou est-il une simple inscription sur un registre ? Le prenons-nous au sérieux ? Parce qu’il y a urgence à être présence du Christ en ce monde. On le voit bien, il y a presque une supplication de la part du Seigneur : « Soyez saints, soyez parfaits ». Par pour nous, pour être des ‘gens biens’, l’évangile n’est pas une morale. Mais pour faire contrepoids à la violence, à cette déraison actuelle. Cette prétendue ‘sagesse’ que fustige St Paul, parce qu’elle conduit à la catastrophe, à la deshumanisation. Folie de cette post-modernité où une logique de déraison, une volonté de puissance prévalent.

     Un appel pressant, une urgence : au cœur de ce monde déraisonnable, mettre cette bombe à retardement de la vraie sagesse, celle du Christ, qui va se déployer dans la générosité, la charité. Et ça marche ! On l’a vue en Pologne du temps de Walesa, ou plus récemment, chez nous, avec tous ceux qui oeuvrent pour la vie, pour l’acceptation des limites, pour que l’homme reste pleinement humain.

 

3) N’est-ce pas un peu fou ? Comment faire ?

     On approche du carême. N’y a-t-il pas un appel à la conversion, c’est-à-dire à laisser le Christ prendre toute sa place en nous ? Utilise-t-on vraiment cette force étonnante que le Christ nous donne ? Il y a à faire un acte de foi en la nouveauté apportée par lui ; nous sommes dans un monde fatigué, désenchanté… mais en attente de la véritable nouveauté, la seule, qui est l’Evangile. « Et bien moi, je vous dis… » : quelle audace ! Y croyons-nous ? Peut-être sommes-nous trop ‘sages’, mis de cette sagesse d’un monde qui va vers sa perte. De cette sagesse ‘mondaine’ dirait le pape François. La folie du Christ nous fait-elle peur ?

     La Parole de Dieu est là pour nous relancer dans cette nouveauté, les sacrements nous sont donnés, gratuitement, pour bousculer nos assoupissements. Et les grands textes de l’Eglise, cette inépuisable richesse : pensons aux derniers : ‘La Joie de l’Evangile’, ‘Laudato si’’… « Laisser son manteau… faire 2000 pas » : on nous demande d’être généreux. Alors, puisons à la source de la générosité, de la véritable sainteté ! Si « l’Esprit de Dieu habite en nous », comme l’écrit St Paul, ne l’étouffons pas, ne le tenons pas prisonnier de nos petitesses. Parce que ce monde nous est confié, et qu’il est en attente de la nouveauté qui est le Christ !

    

  Père Hervé Rabel