Père Rabel le 17 janvier 2016

           2ème dimanche du temps ordinaire ‘C’ - Saint-Pierre - 17 janvier 2016

 

1) C’est « la mère de Jésus » qui est le personnage central de l’évangile. Elle « était là »

     Oui, c’est bien la Vierge qui a le 1er rôle à Cana. St Jean nous précise que « Jésus, AUSSI, avait été invité… ». La Vierge n’est pas dans sa chambre en train de prier, elle ne pense pas perdre du temps en se mêlant à la joie de ce couple. Elle n’est pas partie au supermarché faire des courses, elle n’est pas au cinéma, ni en croisière. Elle est au cœur de la vie des gens. Elle sera d’ailleurs présente tout au long du ministère de son Fils, elle sera là à la croix et à la Pentecôte. Pas du tout une femme effacée, c’est une femme forte !

     « Femme, que me veux-tu ? » : curieuse expression qui signifie que la Vierge est cette Nouvelle Eve (rappelez-vous la Genèse : « On l’appellera femme… »). Finalement l’Eglise, l’Epouse du Christ. Cette Eglise, aujourd’hui, beaucoup veulent la cantonner dans la sphère privée (‘L’Eglise, dans la sacristie !’). Elle ne doit gêner personne. Or elle se doit d’être au cœur des préoccupations du monde. Voyez Laudato si’ et cette insistance du pape : ‘sortir, sortir…’. Si on est chrétien juste une heure pendant la messe, on n’est pas chrétien ! Voyez tous ces catholiques qui, depuis 2 ans, s’engagent en politique, au service du bien commun. Voyez l’importance du Parcours Zachée, qui veut réconcilier vie spirituelle et vie professionnelle. Attention à ne pas être de ‘ceux qui ont les mains pures… mais qui n’ont pas de mains’ (Péguy, au sujet de Kant et du kantisme)!

 

2) La mère de Jésus, non seulement elle est là… mais elle voit.

     Elle est attentive d’où sa remarque : « Ils n’ont pas de vin ». On peut, en effet, être là, en ne pensant qu’à soi, ou bien hébété, sans chercher à comprendre. La Vierge a compris : l’angoisse du maître du repas, le fiasco possible, la honte pour ces époux. Elle, ayant compris tout cela, elle ; va à l’essentiel. Attentive au scandale possible, elle avait déjà ‘vu’ les besoins de sa cousine, lors de la Visitation, elle avait vu, avec Joseph, l’absence de Jésus à 12 ans.

     Il ne suffit pas d’être là, il faut « voir »… La situation de notre société, les scandales, la misère, les besoins réels des personnes. Cela demande lucidité et courage ! De ne pas être centrés sur ses propres désirs individualistes. J’ai aimé l’oraison de la 1re semaine de ce temps ordinaire : « Seigneur, donne à chacun la claire vision de ce qu’il doit faire et la force d l’accomplir ». Ce n’est vraiment pas la peine que le Christ soit mort pour nous libérer, nous sauver, si nous ne faisons que ronronner notre foi ! Comment mettons-nous en pratique ces « dons de la grâce » dont parle saint Paul ? Rappelons-nous la phrase fulgurante de Péguy : « Les ‘honnêtes gens’ ne mouillent pas à la grâce ». Ne contristons pas l’Esprit-Saint, dirait Saint Paul, or rappelons-nous ce qu’écrit le pape dans Laudato si’ : « L’humanité a déçu l’attente divine ». Ne décevons pas notre Dieu !

 

3) La « Mère de Jésus » est là, elle voit… mais aussi, elle fait confiance.

     Elle a été à l’essentiel en comprenant le projet de son Fils : manifester sa gloire par ces épousailles humano-divines. L’oraison du 1er jeudi de l’Avent est celle-ci : « Que le salut, retardé par nos fautes, soit hâté par l’indulgence de ta grâce ». Or, la Vierge, elle, va accélérer le salut, parce qu’elle a hâte qu’il advienne. Voyez son empressement lors de la Visitation ! Parce qu’elle prend au sérieux la venue de son Fils. Et elle le fait avec discernement, sérieusement, et permet à d’autres d’être partie-prenante, « ceux qui servaient »…

     Est-il encore temps de nous divertir ? La COP 21 est terminée, on tourne la page, Laudato si’ est soigneusement rangée, on s’habitue même à ce climat de guerre. On trouve que le pape est sympa, qu’il ‘passe’ bien… mais écoutons-nous ce qu’il ne cesse de dire ? Une société en cours d’effondrement, sur bien des plans… Ne dansons-nous pas sur un volcan ? La Ste Vierge, à Cana, nous demande d’être là, bien présent à notre monde, nous pousse à la lucidité et au courage. Et nous demande, dans l’écoute de la Parole, par la prière et l’adoration, une confiance sans borne vis-à-vis de son Fils, pour qu’Il puisse, à travers nous, et pas sans nous, manifester sa gloire.


 
 

Père Hervé Rabel