Père Rabel le 15 mai 2016

                            Pentecôte 2016 - Saint-Jacques / Saint-Pierre

 

1) Chacun de nous les entend dans sa langue maternelle…

     C’est une question essentielle. Les apôtres, à la Pentecôte, ne sont pas devenus polyglottes, ils parlent dans un langage compréhensible par leurs auditeurs. Et c’est toute la question pour nous aujourd’hui. Ce décalage entre ce que dit l’Eglise… et le fait qu’elle ne soit pas audible. L’Eglise ‘accroche’ mal, si peu. Soit elle a un discours rigoriste, rigide, et elle devient une religion de ‘purs’. Soit par démagogie elle tient un discours dans l’air du temps… et elle trahit l’Evangile.

     Or il y a tellement d’attentes ! Qui sont malheureusement compensées par la drogue, l’alcool, le sexe… ou pour les plus fragiles par le départ pour le djihad ! Il n’y a qu’a voir certains jeunes de Neuilly. Une attente de paroles qui élèvent, qui font grandir. Voyez le nombre de burn-out, de suicides ! Les jeunes ont envie de quelque chose de vrai, de grand, de beau… exactement ce que propose le Christ… mais on n’arrive pas - ou si peu – à Le leur présenter ! On a ce trésor qu’est le Christ… et on ne peut Le leur donner !

 

2) Je prendrai simplement l’’exemple récent de l’exhortation de François : Amoris laetitia

     Vous lirez mon éditorial. Avec la question des divorcés/remariés. Comment ce que dit l’Eglise, et qui est libérateur, est reçu ? Pratiquement pas ! Et pourtant, je pense, dans cette équipe de divorcés/remariés qui s’est constituée sur la paroisse, à ce jeune couple, remarié, qui a découvert d’une autre manière comment vivre l’eucharistie. Je pense à cette autre personne qui me dit : ‘maintenant, ma vie eucharistique, c’est l’adoration’. Ou encore cette autre - toujours des personnes divorcés/remariées – qui m’a dit : ‘J’ai compris que je ne pouvais pas communier’…

     Sur cette question comme pour bien d’autres, ‘Amour et Vérité se rencontrent’, comme dit le psaume. Il s’agit d’être ni rigoriste, ni laxiste, mais d’aller plus haut, d’aller jusqu’au Christ qui fait dire à St Paul : « Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils » et qui vous fait vivre en vrai fils de Dieu, dans la vraie liberté de l’Esprit. Et qui vous pousse à vivre d’une manière héroïque, mais avec la grâce de Dieu.

 

3) Nous sommes dans l’Année de la Miséricorde.

     On ne peut tout admettre, tout tolérer, c’est du relativisme. Mais comment être audible ? Comment parler à chacun « dans sa langue maternelle ». Je pense que c’est l’enjeu de tout le pontificat de François. Et pour cela, comme il ne fait que le répéter, ‘le temps est supérieur à l’espace’. Acceptons de prendre le temps, de prendre les personnes là où elles en sont, de ne pas les rebuter par des oukases… « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements » dit le Christ aux disciples. Car il s’agit de répondre à l’amour du Christ, et un amour vrai est toujours exigeant.

     Nous sommes aujourd’hui dans une société blessée, les consciences ont de plus en plus de mal à discerner. Raison de plus pour que l’Eglise soit cet ‘hôpital de campagne’ dont parle le pape. ‘Qui suis-je pour juger mon frère !’. Il nous faut des trésors d’imagination, de patience, et d’empathie par rapport à ce monde si blessé. Mais il faut vraiment parler dans cette « langue maternelle » des personnes, pour leur faire découvrir ce Trésor qu’est Notre-Seigneur. Cela demande que nous accueillions pleinement l’Esprit de Pentecôte, qui nous rendra inventifs pour rejoindre ces ‘périphéries’ vers lesquelles le pape nous envoie.

Père Hervé Rabel