Père Rabel le 12 juin 2016

                   11ème dimanche du temps ordinaire - Saint-Pierre - 12 juin 2016

 

 

1) Un regard

     Celui du pharisien qui, dédaigneusement, en parlant de Jésus, dit « cet homme » et en parlant de la femme, lui colle une étiquette : « une pécheresse ». De fait, elle a ses cheveux déliés, c’en est une, pour l’époque, mais… Quelle violence dans ces paroles ! Celle d’une religion basée uniquement sur le rite, tout au moins celle de ce pharisien. Une violence qui ira en s’amplifiant, jusqu’à tuer Jésus

     C’est donc, pour chacun de nous, une invitation à purifier, à laver notre regard, en regardant le Christ, en s’imprégnant de Lui. Lui, le Prince de la Paix, victime de la violence, qui a catalysé cette violence pour la transformer en paix. Et, plus prosaïquement, une invitation à ne pas nous laisser enfermer dans une religion d’habitude, de rites. Combien d’étiquettes collons-nous ! Que de clichés dans nos regards !

 

2) Un geste

     C’est celui de la femme. Car elle ne regarde pas, ne parle pas. Elle aime ! C’est sa manière de dialoguer avec le Christ, d’apprendre de Lui qui elle est en vérité, au-delà des étiquettes, des clichés. Rien qu’avec ces humbles gestes, elle va jusqu’au plus profond d’elle même, elle redevient elle-même et comprend qu’elle peut devenir le royaume.

     Chacun est bien plus grand que ce qu’il paraît être, en superficie. Chacun est unique car en chacun réside la Source, Dieu, au plus intime de soi-même. Un peu plus tard, toujours aux pharisiens, Jésus dira « Voilà que le règne de Dieu est au milieu de vous » (Lc 17,21). Le geste de cette femme l’a mise sur la longueur d’onde de ce royaume, parce que le Christ ne l’a aucunement jugée. Sommes-nous assez attentifs aux petits gestes qui découvrent l’être profond de l’autre ?

 

3) Une Parole

     C’est celle de Jésus, qui ne dit pas : « Elle a beaucoup péché », mais, bien au contraire : « Elle a beaucoup aimé ». Le Christ révèle à cette femme toutes ses potentialités d’amour, il lui révèle toute sa richesse intérieure. Ne s’imposant aucunement, mais proposant son Alliance. Jésus, cet Amour qui patiemment, nous attend…

     Comme le Christ, nous sommes invités à révéler à chacun soit par un regard, soit par un geste, soit pas une parole, toute sa richesse intérieure, qu’il n’ose pas extérioriser, ou qu’il ignore. Qu’y a-t-il dans le cœur de l’autre ? Car il s’agit de voir ce cœur profond, où l’autre est notre prochain, puisque qu’enfant de Dieu, créature aimé et appelée à être rachetée par le Christ. C’est bien pourquoi, à la fin de cet évangile, on voit des personnes guéries suivre le Christ. Car il a su, à travers les fragilités, voir la richesse de chacun.

 

Père Hervé Rabel