Père Rabel le 11 novembre 2016

                                              11 novembre 2016 - Saint-Pierre

 

     Aujourd’hui, nous commémorons l’armistice et prions pour tous ceux qui sont morts pour la Patrie. Mais également, en ce jour, l’Eglise fête St Martin : comment cet homme, qui vivait il y a 17 siècles, peut nous aider à comprendre ce que nous avons à vivre ?

1) St Martin : ce sont des situations assez similaires

     La Gaule reste fidèle aux divinités celtiques, par détestation de l’occupant romain et de ses religions : de Rome ou du Christ. Il vient d’y avoir une forte réaction païenne, une opposition des élites, notamment militaires, à la christianisation de la société. D’où la terrible persécution de Dioclétien, juste avant la naissance de Martin. Et ce dernier aura à se confronter violemment à son père, militaire fidèle jusqu’au bout aux dieux romains. Et puis, la barbarie est aux portes de l’Empire.

     Et aujourd’hui, le paganisme est bien présent, que ce soit par l’eugénisme normal et justifié ou l’infanticide devenu un droit fondamental. Rappelons-nous que c’est le judéo-christianisme, prônant la dignité inaliénable de tout homme, qui en a fait des crimes. Quant à la barbarie, elle se manifeste dans le refus des limites, de la finitude : autre forme, plus sournoise, que le totalitarisme islamique, dont nous allons malheureusement commémorer les méfaits dans 2 jours. Cette volonté de fabriquer un homme nouveau, par exemple avec l’idéologie du ‘gender’.

2) St Martin, c’est aussi une même question

     L’Eglise est en paix, fin des persécutions ; mais les élites chrétiennes et l’épiscopat se montrent inférieurs à leurs vocations. Alors, pour Martin : comment être chrétien, alors qu’il n’y a plus de persécution ? Il découvre qu’il est possible d’être pleinement disciple, dans le monde, au quotidien, sans qu’il soit nécessaire, pour se sanctifier, d’affronter les supplices ou d’aller au désert.

     Le 14 octobre, les évêques nous invitaient à refonder le contrat social, à retrouver la primauté du bien commun et le sens du politique. « Un des lieux les plus nobles de l’engagement, c’est le politique ». Et comment ne pas citer Vatican II : « La paix est le fruit d’un ordre inscrit dans la société humaine par son Divin fondateur ». Alors, comment être chrétien aujourd’hui ? Servir le bien commun, c’est-à-dire lutter pour rétablir cet ordre inscrit par Dieu dans ce monde , alors que le désordre ne fait que croitre ? On le voit avec les cris d’alarme du pape : « Le plus grand terrorisme, c’est celui du Dieu argent » et, il y a 6 jours, cette dénonciation de « l’impérialisme de l’argent », qui « met en place une dictature économique mondiale » et qui parle de « banqueroute de l’humanité ». Mais aussi, un pape qui dénonce « la guerre mondiale contre le mariage et la famille ». La guerre mondiale, oui… alors que nous commémorons un armistice !

3) St Martin, enfin, ce sont des décisions à prendre

     Bien sûr, la charité, avec l’épisode fameux du manteau partagé au mendiant à la porte d’Amiens. Mais ses plus grandes œuvres de miséricorde seront spirituelles : lutter contre le paganisme, jusqu’à affronter les puissants : l’empereur, le sous-préfet de Tours. Martin n’a rien d’un évêque de compromis, voire de compromission : il est souverainement libre, de la liberté chrétienne. Tout cela pour apporter la Bonne Nouvelle du salut dans le Christ.

     Récemment, un historien écrivait : « La France tient du miracle […] elle s’est construite […] sur la fragilité d’une conversion », celle de Clovis. Fragilité… ! On peut alors se rappeler Bernanos : « On ne comprend rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure ». A l’ère des smartphones, de l’hyperconnexion, où est cette vie intérieure ? « France, Fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? », c’était saint Jean-Paul II, il y a déjà 36 ans… Et il ajoutait : « es-tu fidèle, pour le bien de l’homme ? ». Plus récemment, le cardinal Sarah constatait : « L’Occident a renié ses racines chrétiennes. Mais un arbre sans racine meurt » et il ajoutait : « L’homme retrouvera sa grandeur véritable lorsqu’il aura réappris à se mettre à genoux, pour contempler et adorer silencieusement Dieu ». Nous ne voulons pas que la France meurt : ayons l’enthousiasme et la charité d’un saint Martin pour, ensemble, œuvrer à la véritable grandeur de l’homme !


Père Hervé Rabel