Père Rabel le 10 janvier 2016

                    Baptême du Seigneur 2016 - Saint-Pierre - 10 janvier 2016

 

 

1) « Le peuple… était en attente ». Quelle sont les attentes de nos contemporains ?

     Après le règne du cruel roi Hérode, c’est son fils Antipas qui est alors au pouvoir. C’est un temps de troubles, de soulèvements, avec beaucoup d’insécurité. Il y a une grande disparité entre riches et pauvres, le poids de la dette est très lourd, la pression fiscale écrasante bref une désintégration sociale marque ce temps de Jean-Baptiste, tout au moins en Galilée. Nous sommes, en quelque sorte, à un tournant : on cherche un monde nouveau.

     Et aujourd’hui : n’y a-t-il pas beaucoup de « terres arides… d’escarpements », comme le souligne Isaïe ? N’y a-t-il pas de « l’impiété… des convoitises », comme l’écrit saint Paul ? Une société qui se croyait en paix s’est réveillée l’an dernier avec la guerre : rien ne sera jamais plus comme avant. Mais, là aussi, n’y a-t-il pas la recherche d’un monde différent ? On l’ a vu avec les rassemblements du 11 janvier, cet intérêt pour l’avenir avec la COP 21. Bref, 2000 ans après Jean-Baptiste, le désir de reconstruire, de refonder. Aujourd’hui, de la même façon, nous sommes à un tournant.

 

2) « Le peuple… était en attente » : mais nous, quelles sont nos attentes ?

     C’est « le peuple venu auprès de Jean » qui attend quelque chose : pas tout le monde. Pour Jean-Baptiste, l’histoire du peuple élu aboutit à un échec total. Il y a une urgence : changer de vie, se convertir au Dieu de l’Alliance, s’ouvrir au pardon. Un temps de désert, c’est-à-dire de renouvellement. A nouveau traverser un fleuve, le Jourdain, par ce signe du baptême, comme autrefois la mer Rouge avait été traversée. Et Jésus va assumer cela, cet engagement au changement radical, cette espérance qui est souhaitée.

     Et aujourd’hui : « dans le désert, préparez le chemin ». Comment nous situons-nous dans cette société en rapide mutation ? Que voulons-nous ? Y avons-nous réfléchi ? Et si oui, quels moyens prenons-nous ? Nous avons la Parole de Dieu, mais aussi tous ces textes récents de l’Eglise : ‘La Joie de l’Evangile’ du pape François, et ce long texte sur la situation de notre monde : Laudato si’. « Tous se demandaient en eux-mêmes… » il y a 2000 ans. Acceptons-nous de nous poser les bonnes questions pour travailler à une société ‘autre’ ? Pour garder le cap de l’Espérance…

 

3) « Le peuple… était en attente », certes, mais quelles sont les attentes de Dieu ?

     Il y a 2000 ans, comme aujourd’hui : ces attentes ne changent pas. « En toi, je trouve ma joie » dit cette voix à Jésus qui se fait baptiser. A la suite de Jésus, n’avons-nous pas à faire la joie de notre Dieu ? Mais pour cela, il faut le courage de Jean-Baptiste et son extrême humilité. C’est cette attitude qui permet aux attentes de Dieu de trouver leur réponse : « Tu es mon Fils bien-aimé ». Parce que Jean-Baptiste était en attente, attente active, « la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes », comme le souligne saint Paul.

     Pour que nous soyons pleinement heureux, nos attentes doivent répondre à celles de Dieu, puisqu’Il veut notre bonheur. Ces attentes du Seigneur, elles doivent prendre chair à travers notre vie, notre manière de vivre, pour que nous devenions des petites lumières pour ce monde déboussolé. Jean-Baptiste était ‘le plus grand des prophètes’, mais, de par notre baptême, nous sommes devenus un peuple de prophète, c’est-à-dire d’hommes et de femmes, réponses vivantes aux attentes de Dieu. Nous sommes invités à vivre pleinement cette Année de la Miséricorde : « consolez, consolez mon peuple » s’exclame Isaïe. Faire la joie de Dieu et être dans ce monde de violence signe de cette joie et de cette miséricorde. N’est-ce pas les plus beaux vœux que nous pouvons formuler en ce début d’année ?

 

 

Père Hervé Rabel