Père Rabel le 10 avril 2016

                     3ème dimanche de Pâques ‘C’ - Saint-Pierre - 10 avril 2016

 

     A 3 reprises Jésus dit à Pierre « M’aimes-tu »… mais, à chaque fois, c’est différent !

 

1) « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? »

     Tout d’abord, s’étonner : un Dieu, on doit le craindre, l’adorer, l’aimer. Mais ici, c’est Dieu qui nous demande de l’aimer. Quémande notre réponse, comme si c’était un besoin pour lui d’être aimé ! Pourquoi cette demande spéciale à Pierre ? Qui doit aimer le Christ plus que les autres ne l’aiment ? Mais parce que Pierre a trahi, qu’il a pleuré. Qu’il a fait l’expérience de cet amour de miséricorde propre au Seigneur. Cet amour bafoué, trahi, mais qui n’en est que plus intense…

     Appel très fort non pas à aimer Dieu, mais à répondre à son amour, à cet amour de miséricorde, ce cœur qui se brise d’amour devant notre misère… Encore faut-il reconnaître cette misère, notre péché, notre indignité. Et reconnaître que cet amour tout à fait gratuit doit nous pousser à la conversion. Répondre amour pour amour et redéborder de cet amour de miséricorde, si nécessaire en ce temps tellement violent, si dur.

 

2) « M’aimes-tu vraiment ? »

     Le verbe ‘aimer’ qu’emploie Jésus, c’est celui-là même qui caractérise l’amour divin, cet amour qui va jusqu’au bout du don de soi-même. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». Aimer jusqu’au bout, jusqu’à donner sa vie. Le pauvre Pierre répond, lui, par un autre verbe : « j’ai de l’affection pour toi » : c’est bien différent ! pauvre réponse d’un homme faible… Mais, malgré tout, le Christ, sur cette réponse vacillante, va lui confier une mission : « Sois le berger ».

     C’est vrai que notre réponse est bien faible, bien fragile, bien peu assurée… Mais c’est un appel du Seigneur qui veut nous faire grandir, nous pousser jusqu’au bout : « Avance au large ». Toujours ce désir qu’à Dieu de nous pousser jusqu’au bout de nos possibilités, nous faire grandir. Tu peux toujours aimer mieux, aimer plus, en réponse à mon amour qui, lui, est total. Et c’est cet amour qui doit continuellement te stimuler, te faire grandir…

 

3) « M’aimes-tu ? »

     Avec cette 3ème question, curieusement, Jésus descend d’un cran. Il ne s’agit plus de l’amour divin, mais il reprend le verbe même qu’utilise Pierre : ‘avoir de l’affection’. Le Christ est-il moins exigeant, se lasse-t-il ? Non ! Mais, par amour, il se met au niveau de Pierre, au niveau de ses faibles forces, pour ne pas l’effaroucher mais pour l’encourager. Dieu qui se met à notre portée… D’où la tristesse de Pierre, mais le voici relancé dans la confiance : « Toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime ».

     Ce que lui demande le Seigneur, ce qu’il nous demande, ce n’est pas de l’ordre de l’impossible : « Tu sais tout ! ». Tu connais mes faiblesses, mais tu me fais confiance, en te mettant à mon faible niveau. Et tu viens jusqu’à moi pour être ma force. Et c’est bien l’essentiel qui nous est demandé :à cette confiance du Christ, répondre par la même confiance, par cet abandon qui va permettre à Pierre d’accueillir cette dernière demande du Christ : « Suis-moi ».

 

Père Hervé Rabel