Père Rabel jeudi Saint 2017

                                                             Jeudi-Saint 2017 - Saint-Pierre

 

 

1) Dans cette fête du Jeudi-Saint 2017, je vois 3 faits qui rejoignent notre actualité : un changement

 

     Celui du rite du lavement des pieds. C’et l’an dernier que le pape François l’ouvre officiellement aux femmes. Parce que, normalement, il s’agissait uniquement d’hommes, le rite faisant mémoire du geste du Christ le Jeudi-Saint. Il ne s’agit plus maintenant de ‘faire mémoire’, mais de vivre, pour chacun, un geste actuel qui encourage au service mutuel entre chrétiens, et, plus largement, un appel à devenir ‘frère universel’.

     Aujourd’hui, c’est la peur de l’autre qui prévaut, et le risque de repli sur soi, le communautarisme. C’est la réalité de la violence (nous prierons tout spécialement pour ces 45 victimes coptes d’Egypte), avec sa conséquence : l’engrenage de la haine. Or quelqu’un n’a-t-il pas dit : « Tu aimeras ton ennemi » ? Au tout début de mon ministère, j’accompagnais un Foyer Emmaüs. Et son directeur m’avait dit un jour : ‘Toi, l’abbé, tu es là pour nous rappeler : vous n’aimez pas assez !’. Jésus « les aima jusqu’au bout », y compris Juda et Pierre : l’eucharistie est là pour nous permettre d’aimer surnaturellement comme frère universel.

 

2) Une présence

 

     J’ai souhaité que, cette année, ce soit des catéchumènes et leurs accompagnateurs qui soient les acteurs de ce rite du lavement des pieds. Parce que le catéchuménat est le signe que toute l’Eglise se doit d’être catéchuménale, c’est-à-dire en recherche de Dieu. Le chrétien n’est pas quelqu’un d’arc-bouté sur des certitudes : c’est un chercheur de Dieu. C’est celui qui a fait, comme le demande le pape dans la Joie de l’évangile, une ‘rencontre personnelle avec le Christ’ et qui accepte de passer d’une ‘pastorale de conservation à une pastorale vraiment missionnaire’ (toujours le pape François).

     Il s’agit donc – et le catéchuménat doit nous y inciter - d’être un ‘disciple/missionnaire’ ; le pape parle d’une ‘intimité itinérante’ avec Jésus. Dans l’Exode, le Seigneur demande : « Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds… » : prêts à bouger, à sortir. Prêts à vivre l’aventure de la foi. Et c’est, bien sûr, l’eucharistie qui doit nous pousser à cette ‘intimité itinérante’, à sortir des sentiers battus, du ‘on a toujours fait comme ça’…

 

3) Un appel

 

     ‘Vivez intensément’ (publicité) : c’est ce que chacun désire finalement. L’appel de cet évangile, c’est un appel à être grands, dans la plénitude de notre humanité. J’aime ce passage de la P.E. n° 2 (que je prendrai ce soir): ‘Tu nous as choisis pour servir en ta présence’. Pourquoi servir ? Mais pour être grands, justement car, comme le définit Vatican II : ‘L’homme ne se réalise pleinement que dans le don sincère (c’est-à-dire total) de lui-même’.

     Aujourd’hui, on veut être ‘grands’ : c’est l’homme augmenté, le transhumanisme. L’homme qui prend la place de Dieu, dans cette démesure anthropologique dénoncée par le pape. C’est bien normal de vouloir être grands, oui mais selon le projet de Dieu. Aux JMJ de 1989, Jean-Paul II interpellait les jeunes de Compostelle : ‘N’êtes-vous pas venus ici pour vous convaincre définitivement qu’être grands veut dire servir ?’. Soyons ambitieux, et pour nous-mêmes, et pour le service du monde dans une humanisation selon le plan de Dieu. Le Christ « Seigneur et Maître » se fait serviteur. Dans un moment où notre société semble vaciller sur ses bases, l’eucharistie doit nous pousser à travailler à l’humanisation de l’homme, à la suite du Christ, et pour la gloire du Père.

  

Père Hervé Rabel