Père Hervé Rabel le 8 novembre 2015

           32ème dimanche du temps ordinaire ‘B’ - Saint-Pierre - 8 novembre 2015

 

 

1) Cette pauvre veuve, elle d’abord est une figure du Christ

     Rappelons-nous St Paul (2 Co 8,9) : « Lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté ». Mais aussi l’Hymne aux Philippiens : « Il s’est abaissé (…) il s’est anéanti ». Que ce soit à la crèche, à la croix ou, aujourd’hui, avec l’eucharistie, le Seigneur donne ‘tout ce qu’Il possède, tout ce qu’il a pour vivre’, bref, toute sa vie.

     Il y a donc déjà un appel à la contemplation : contempler le Christ qui nous oblige à renoncer à nos idées sur Dieu, à cette idée, spontanée chez l’homme’, d’un ‘Dieu tout puissant’, d’une sorte de Jupiter qui nous écraserait par sa puissance et sa grandeur. Contempler… mais aussi aimer Jésus qui a quitté la paix et la joie trinitaire pour plonger dans la misère du monde. Ce passage de la Lettre aux Hébreux nous le rappelle : « Il s’est offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude ». Contempler le mystère de notre Seigneur qui vient partager notre misère, pour nous conduire vers le Père. ‘Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde’…

 

2) Mais cette pauvre veuve est également la figure du chrétien

     C’est toujours St Paul qui s’écrie (2 Co 12, 9-10) : « Je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure (…) Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ». Paradoxe de la vie chrétienne où le saint n’est pas un héros, mais bien celui qui accueille la grâce. Où ce n’est pas notre force qui est en jeu, mais bien celle de Dieu. Une phrase me paraît centrale dans le Nouveau Testament, dans les Philippiens (4,13) : « Je peux tout en Celui qui me donne la force ».

     En cette année de la Miséricorde, qui commence dans un mois, n’y a-t-il pas un appel à redécouvrir le sacrement de la confession où, justement, on se tourne vers Dieu pour lui redire : ‘Seigneur, sois ma force’ ? Alors que le nombre des disciples du Christ diminue dans notre Europe sécularisée, ne faut-il pas réentendre ce que dit Elie à la veuve de Sarepta : « N’aie pas peur » ? Alors qu’on pourrait risquer de se décourager, devant la lourdeur des temps, n’y a-t-il pas un appel à la générosité, puisqu’ « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir », nous rappelle le Seigneur (Ac 20,35).

 

3) Enfin, cette pauvre veuve est, pour aujourd’hui, une figure prophétique

     Toujours dans St Paul (1 Co 1,27) : « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ». Ce n’est pas par la conquête guerrière que le christianisme s’est répandu dans l’Empire, mais bien par la faiblesse des martyrs ; et les saints qui ont jalonné l’Eglise n’étaient certes pas des super-héros, mais des êtres fragiles qui recevaient leur force de Dieu.

     Mais aujourd’hui, alors que les progrès technologiques accroissent la force de l’homme, le message est d’autant plus d’actualité. Car c’est bien de démesure dont il est question, une ‘démesure anthropocentrique’, souligne le pape dans Laudato si’. L’homme qui veut prendre la place de Dieu et qui court à sa perte. Et le texte du pape François est un appel lancinant, spécialement à nous chrétiens, pour que nous remettions Dieu à sa place, la 1re. ‘L’humanité a déçu l’attente divine’, écrit-il. Ne décevons pas notre Dieu ! Nous avons vraiment à lutter contre cette ‘démesure’ ; le cardinal Sarah, au synode, insistait sur l’origine démoniaque de l’ « idolâtrie de la liberté occidentale ». Que le Seigneur soit vraiment notre force dans ce combat des derniers temps !

    

 

Père Hervé Rabel