Père Hervé Rabel le 6 décembre 2015

                   2ème dimanche de l’Avent ‘C’ - Saint-Pierre - 6 décembre 2015

 

1) La Parole de Dieu est adressée à Jean

     Que de personnages importants ! L’empereur, le gouverneur, les roitelets du coin : Hérode, Philippe, Lysanias. Et puis les sommités religieuses : les 2 grands prêtres. Pourquoi Jean ? Et pas ceux qui avaient le pouvoir, le savoir ? Pourquoi lui ? Il a été choisi : choix tout à fait gratuit… Et nous, n’avons-nous pas été choisis ? Et, de plus, on a ratifié ce choix d’être baptisés, chrétien, disciple. C’est donc qu’on a un rôle à jouer, une mission à accomplir.

     Les puissants sont dans leurs palais, les prêtres dans le Temple. Jean, lui, part au désert. Il ne faut pas rêver, c’est une époque d’une grande violence, la révolte contre Rome ne va pas tarder… mais il ne fuit pas. Il prend du temps pour approfondir ce que Dieu lui demande, en ces temps troublés. Et nous ? Justement, il y a ce temps de l’Avent, qui nous est proposé pour nous ‘poser’, pour discerner. C’est que demande St Paul : « discerner ce qui est important ». Contrairement à ce qu’ont dit certains, on ne peut vivre comme avant, dans cet état de guerre. Pas possible, de faire comme si rien ne s’était passé ! Est-ce qu’on ne s’est pas laissé endormir, ou plutôt, anesthésier… ?

 

2) Alors, Jean, que fait-il ?

     « Il parcourt… il proclame ». Il ne reste certainement pas planqué, au désert. Il va dans la région du Jourdain, qui est très urbanisée, où il y a du monde. Et il ose : « Debout Jérusalem ! », en reprenant Baruc. Secouez votre torpeur, sortez de vos peurs. Trop facile, l’émotion, la compassion, le drapeau, l’hymne national. La guerre est là. Trop facile d’accuser les autres. Qu’avons-nous faits ? Ne sommes-nous pas complices, d’une certaine manière ? Les 30 glorieuses, le confort, la consommation… Nos désertions, notre cécité…

     Que proclame Jean-Baptiste : « un baptême de conversion ». Sortez de vos torpeurs, ayez du courage. Noël approche : c’est important ce moment d’espérance… mais attention à cette mollesse. Hadjadj écrivait récemment : ‘Nous étions ramollis, nous avions perdu toute virilité’, bref, une Eglise bisounours… Mais écoutez le pape, dans Laudato si’ ! Ecoutons-le parler lundi dernier : ‘Nous sommes au bord du suicide !’ La guerre est multiforme, et le terrorisme islamique n’en est qu’un aspect. Une ‘réforme intellectuelle et morale’, disait déjà Renan il y a 150 ans, elle est si nécessaire aujourd’hui. Allons-nous y prendre notre part ? La seule voie pour nous est la sainteté, mais c’est un chemin qui demande du courage… « Quitte ta robe de tristesse et de misère », nous demande Baruc. Bref, il nous faut nous convertir !

 

3) Mais de quel droit Jean parle-t-il ainsi ?

     Tout simplement en s’appuyant sur la Parole : « Comme il est écrit dans Isaïe… ». C’est ce qu’on appelle le 2ème Isaïe, au 6è siècle avant notre ère. Le ‘Livre de la consolation d’Israël’. L’annonce de la nouveauté de Dieu… mais aussi la prophétie de ce Serviteur souffrant. N’espérons pas passer à travers de la souffrance ! Dieu « qui a commencé en nous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement », dit St Paul. Mais pas sans nous !

     « Préparez le chemin, rendez droits ses sentiers » : acceptons nous d’être les collaborateurs de Dieu dans ce lourd travail de reconstruction culturelle et spirituelle ? Puisque guerre il y a, ce serait terrible de déserter. Après des décennies d’un travail de sape, à tous niveaux, il nous est demandé, nous catholiques, de prendre notre part dans cette reconstruction qui urge. Non parce qu’on est les plus forts, mais parce que Dieu nous a choisis, dans le Christ, pour être les témoins de sa consolation. Bientôt s’ouvre l’Année de la miséricorde. Certainement pas la tolérance, mais un opération vérité, dans la charité. Nous sommes attendus, afin, comme le dit Isaïe, « que tout être vivant puisse voir le salut de Dieu ».


Père Hervé Rabel