Père Hervé Rabel le 5 avril 2015

                                                 Pâques 2015 - Saint-Pierre

 

     De cette solennité pascale de l’an de grâce 2015, nous pouvons tirer trois leçons :

 

1) une interrogation :

     Le Christ est-il vraiment ressuscité ? Après tout, on nous raconte peut être des histoires. Il y a quelque temps, on a parlé de cette découverte d’un tombeau qui serait celui du Christ, avec le squelette bien présent. Alors, bien sûr, il y a peut-être ‘quelque chose’… ou même ‘quelqu’un’… Il y a environ 4% de pratiquants réguliers et, de fait, 80% de nos concitoyens se fichent royalement de savoir si le Christ est ressuscité ou non !

     Je voudrais, à ce sujet, revenir au livre de Houellebecq, ‘Soumission’ ; il est quand même intéressant. Parce que, dans ce roman, personne, et d’abord son héros, n’est attiré par le christianisme. Il y a bien des tentatives de la part du narrateur: le voyage à Rocamadour, le séjour à l’abbaye de Ligugé. Mais non…Et la conclusion désabusée de l’auteur, c’est que seul l’Islam semble à même de refaire l’unité d’une société éclatée. L’idée de salut est donc sous-jacente dans cet ouvrage : qu’est-ce qui va nous permettre de sortir de la situation sans issue, cette rupture de civilisation, dans laquelle nous nous trouvons ?

 

2) Un défi :

     Un défi qui nous est lancé, à nous, chrétiens. Car ce livre est quand même révélateur. De la grande usure de notre Occident, de cette triste désespérance, de cette fatigue du vide qui incite à rechercher n’importe quelle plénitude. Qu’avons-nous à proposer ? Des ‘valeurs’ ? On sait qu’elles sont tellement relatives… « Si le Christ n’est pas ressuscité […] nous sommes les plus à plaindre des hommes ! » (1 Co 15, 17 – 19). Serions-nous si malheureux que cela, si le Christ n‘est pas ressuscité ?

     Finalement, nous reconnaissons-nous blessés ? Eprouvons-nous ce besoin d’être sauvés ? Ou bien gérons-nous l’accompagnement palliatif du déclin inéluctable de notre religion ? Houellebecq pose la question du salut ; il le dit explicitement dans un récent interview : « Le besoin de sens revient […]. On peut tout à fait envisager que les choses tournent positivement pour le catholicisme ». Cette question, il nous la pose, à nous. Avons-nous une réponse crédible, et joyeuse, à cette tristesse douce-amère du nihilisme contemporain ? Le Christ ressuscité est-il pour nous cette réponse ?

 

3) Une condition :

     Car Houellebecq reprend, comme en creux, ce qu’écrivait Nietzsche il y a plus d’un siècle : « Pour que j’apprenne à croire à leur Sauveur, il faudrait que ses disciples aient l’air plus sauvés ». Oui, le Christ est ressuscité et n’est-ce pas une magnifique et joyeuse espérance à proclamer ? Chaque vie est précieuse, puisque Dieu s’est fait homme ; chacun est appelé à guérir et à partager la vie de Dieu, puisque le Christ nous y précède. Chaque existence a un sens. Comme en creux, Houellebecq nous invite à relever le défi, à réagir contre son fatalisme devant cette société en proie au vague à l’âme consumériste et sans idéal.

     Ne faisons pas écran à la lumière de la résurrection ; si nous ne vivons pas du dynamisme de Pâques, alors, oui, de fait, le Christ ne sera pas ressuscité et le monde retournera aux idoles! Désirons-nous une Eglise gestionnaire, c’est-à-dire moribonde ? « Pour le bien de l’homme - c’est-à-dire de notre société - acceptons-nous de renouveler notre fidélité avec la Sagesse éternelle [le Christ vivant]? » C’est la question, de plus en plus actuelle, que nous posait, il y a déjà 35 ans, Jean-Paul II…Cette fête de Pâques doit nous relancer dans notre amour de Jésus ressuscité, dans notre vocation missionnaire, passant par un témoignage personnel explicite. Il est finalement si reposant de se soumettre : il nous est demandé, plus que jamais, le courage d’avoir des visages de ressuscités.

    

 Père Hervé Rabel