Père Hervé Rabel le 27 septembre 2015

         26ème dimanche du temps ordinaire ‘B’ - Saint-Pierre - 27 septembre 2015

 

     Au-delà du côté un peu étonnant de ce que dit Jésus : « Coupe-là… arrache-le » il y a un appel fort à la conversion « au nom de notre appartenance au Christ », et un appel tout à fait en lien avec l’encyclique Laudato si’. La main, le pied, l’œil…

 

1) La main. Elle nous renvoie à Esaü, le frère de Jacob, dont le nom signifie ‘acquérir’ : c’est lui qui s’agrippe aux richesses matérielles, aux satisfactions de ses désirs immédiats ; il prend… au lieu de recevoir de la main de Dieu. Dans Laudato si’, le pape s’insurge contre cette ‘frénésie mégalomane’, contre cette domination effrénée de l’homme, accentuée par le pouvoir technologique. Tout semble permis, puisqu’on ne reconnaît plus aucune instance au-dessus de nous.

     Et le pape François insiste, « au nom de notre appartenance au Christ », pour qu’on revienne à la réalité d’un Père créateur, qui donne, et qu’on entre dans cette logique du don, de la gratuité. Le don reçu doit nous inciter à le communiquer. Cette logique de gratuité avait déjà été mise en valeur par Benoît XVI dans Caritas in Veritate, mais François est encore plus insistant. Comment la mettre en œuvre, pratiquement ? ‘L’amour du prochain’, sur lequel il insiste est tellement aux antipodes du cadre libéral dans lequel nous évoluons… Je pense à la vie professionnelle, mais aussi à notre manière d’être. Vouloir toujours plus… ‘On peut vivre intensément avec peu’ écrit-il. Où en est-on de la sobriété ?

 

2) Le pied. Il représente la liberté de l’homme qui veut se passer de Dieu, et compter sur ses propres forces, comme le dénoncent Isaïe, ou Jérémie. C’est bien ce que rappelle avec force Laudato si’ : la liberté humaine n’a plus de limite, l’homme prenant la place de Dieu, il se refuse à être limité. Or ‘nous ne sommes pas Dieu’ rappelle le pape ; et notre liberté, elle consiste à ‘cultiver et garder’ le jardin du monde.

Il s’agit donc de toute la question des limites : il faut, « au nom de notre appartenance au Christ », une nouvelle compréhension du monde, une ‘orientation globale et généreuse’ écrit le pape, qui rappelle l’importance d’une éthique, d’une culture et d’une spiritualité qui limitent l’homme, avec également cette insistance sur la dignité de chacun, qui pose aussi des limites. Comment mettre en œuvre pratiquement ces limites ? Ne faut-il pas se modérer, que de gaspillages ! Que de désirs de vouloir tout faire… sans penser aux conséquences. Sans réaliser que ‘la question écologique est aussi une question sociale’ et que les petits, comme le rappelle l’évangile, sont scandalisés par notre gaspillage de nantis. ‘L’habitude de dépenser et de jeter atteint des niveaux inédits’, écrit le pape…

 

3) Enfin, l’oeil. On pense au regard d’Eve et d’Adam, qui se sont laissé séduire et qui ont désiré ce qui était mauvais pour eux. Dans Laudato si’, le pape nous conjure d’avoir un regard différent, ‘un regard plus intégral et plus intégrant’ écrit-il. Avec cette conscience de la ‘Maison commune’, le fait que nous sommes une seule famille humaine et que l’actuel égoïsme des riches conduit à la destruction de notre humanité. ‘Toutes les communautés chrétiennes ont un rôle important à jouer dans cette éducation’, pour acquérir de nouvelles habitudes, écrit-il. Et de prôner ‘une révolution culturelle courageuse’…

     Il nous faut donc porter un regard nouveau sur la réalité, « au nom de notre appartenance au Christ », sur cette nature qui porte un message, avec cette insistance du pape sur notre capacité à contempler, sur une vision ample des choses, qui doit renouveler notre anthropologie. Changer de regard nécessite une conversion radicale. C’est ce que nous dit l’évangile, dans cette étape consacrée, chez St Marc, à l’enfance spirituelle. Jésus rappelle l’extrême gravité du péché, qui provoque notre chute, et scandalise les petits. Le remède technique n’est pas suffisant. C’est donc directement un appel qui nous est adressé, à nous les croyants. Après Laudato si’, on ne pourra plus dire ‘Je ne savais pas’. « Pleurez, lamentez vous sur les malheurs qui vous attendent », écrit St Jacques. En écho, dans l’encyclique : ‘L’humanité a déçu l’attente divine’ : allons-nous continuer à décevoir notre Dieu ? A fermer les yeux sur ces « malheurs qui nous attendent », comme le rappelle St Jacques ?


 

Père Hervé Rabel