Père Hervé Rabel le 25 juin 2017

       12ème dimanche du temps ordinaire ‘A’ - St Pierre / St Jacques - 25 juin 2017

 

1) « Faire périr l’âme »

     « Craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme aussi bien que le corps ». Le corps, c’est essentiel : réjouissons-nous des progrès de la médecine, de l’allongement de la durée de vie, et tout le reste. Mais l’âme ? N’est-ce pas la grande oubliée ? C’est pourtant ce qui fait que l’on est unique, c’est ce qui nous rattache à Dieu, ce qui nous différencie des animaux. Lors de la création, « Dieu insuffla dans les narines de l’homme le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant » (Gn 2,7). L’âme, c’est ce souffle qui vient de Dieu et qui nous conduit vers Dieu : cette âme immortelle qui nous permettra, un jour, de ressusciter, avec notre corps, lorsque le Christ viendra dans la gloire.

     Or l’âme n’est-elle pas en danger ? Le transhumanisme réduit l’homme à n’être plus qu’un produit élaboré qu’on améliore et transforme. Notre société, en centrant tout sur l’idolâtrie du corps, atrophie l’homme… d’où ce vide qui engendre drogue, sexe, et départ pour le djihadisme ! L’âme des enfants est en danger, avec ce fléau grandissant de la pornographie sur internet qui, littéralement, tue l’âme les plus fragiles. Avec l’âme que l’on blesse, on est en train de tuer l’homme.

 

2) « Ne craignez pas », nous dit Jésus

     Rappelez vous le discours d’ouverture du pontificat de saint Jean-Paul II : ‘N’ayez pas peur’. Le message le + important de toute la révélation ce n’est pas ‘Dieu vous aime’ c’est ‘N’ayez pas peur, ne craignez pas’. Et dès la chute, en mettant sur l’homme nu, fragilisé, une tunique de peau (Gn 3,21), Dieu le revêt de sa miséricorde. Et cette tunique annonce le vêtement baptismal qui nous revêt du Christ. Parce que ce ‘N’ayez pas peur’ va prendre toute sa plénitude avec le Christ.

     Comme nous le demande Jésus dans l’évangile, il s’agit de « se déclarer pour lui ». En fait, de se déclarer pour l’homme, non pas l’homme tronqué, trafiqué, mais pour l’homme tel que Dieu l’a voulu. Le prophète Jérémie, pourchassé, traqué, s’écrie : « Le Seigneur est avec moi » et ce passage se termine par une action de grâce : « Louez le Seigneur ». Devenons des êtres de louanges, et non des êtres atrophiés, revêtons l’Esprit de courage et d’audace. ‘N’ayez pas peur d’être des saints’ avait demandé Jean-Paul II aux jeunes réunis à Compostelle.

 

3) C’est pourquoi il nous faut « dire en pleine lumière »

     C’est à nous de « dévoiler ce qui est voilé, de faire connaître ce qui est caché ». Depuis 2000 ans, l’Eglise travaille à faire grandir l’homme, à lui permettre de prendre sa véritable dimension, qui est d’être semblable au Christ. Le paganisme tenait pour négligeable le petit enfant, l’être handicapé, le vieillard ; or c’est bien le paganisme qui revient, à tire d’aile, et la dignité de l’homme est de + en + bafouée. Comme la notion même de péché a disparu, alors tout est permis.

     Or, il y a ce « combien plus » étonnant de St Paul : « Combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance ». Le péché de l’homme est là, mais il y a + fort que le péché : la victoire du Seigneur. Cela nécessite de notre part un combat : « C’est pour toi que j’endure l’insulte » dit le psaume. C’est vrai qu’à la limite, on devient, comme le souligne ce psaume « un étranger pour nos contemporains ». Mais comme le soulignait, dès le 2ème siècle, l’auteur de la Lettre à Diognète’ : ‘L’âme est enfermée dans le corps, mais c’est par elle que le corps tient. Les chrétiens sont détenue dans le monde comme en une prison, mais c’est par eux que le monde tient’. Jean-Luc Marion parle d’un ‘moment catholique’ : ce monde nous est confié afin qu’il réussisse, selon le projet de Dieu.

 Père Hervé Rabel