Père Hervé Rabel le 25 janvier 2015

       3ème dimanche du temps ordinaire ‘B’ - St Pierre/St Jacques - 25 janvier 2015

 

1) « Aussitôt ». Le début de l’évangile de St Marc est rythmé par cet adverbe.

                                                                               Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il y a urgence !

     Urgence d’évangéliser, bien sûr. Remarquez tout d’abord que cet appel des 1ers disciples a lieu dans une atmosphère de violence très forte : Jean-Baptiste, si proche de ces disciples, est arrêté. N’allons pas rêver… Et si Jésus passe « le long de la mer » cela signifie, la mer étant pour les juifs le lieu des forces du mal, qu’il tangente le péché, qu’il se fait péché, dira St Paul, qu‘il est prêt à l’affronter : il y a un combat à mener.

     Après les violences d’il y a 15 jours, après ce moment de sidération, cette vague d’émotion, qui peut être terriblement équivoque, essayons de raisonner. Une phrase du maire de Montfermeil, catholique convaincu, m’a frappé : « Les ‘succès’ de l’islam sont proportionnels à la tiédeur des chrétiens ». Derrière toute cette actualité, ne nous leurrons pas, se pose la question de l’islam dans notre pays. « La tiédeur des chrétiens » : nous voici donc concernés. Simon et André, Jacques et Jean, eux, « laissent tout pour suivre le Christ »… Les sirènes de l’hédonisme et du matérialisme ne nous laissent pas indemnes…

 

2) Mais, s’il y a urgence, pourquoi ?

     Parce qu’il y a un vide sidérant aujourd’hui. Et d’abord un vide spirituel, une culture sans Dieu. Un manque terrible de ce qui fait grandir l’homme. Des idéaux ! Mais ce vide n’éteint pas ce besoin d’absolu présent au coeur de chaque homme, surtout des plus jeunes. Car l’homme est fait pour le Ciel, rien de moins ! Et que lui propose-t-on, aujourd’hui… ! L’ouverture des grandes surfaces le dimanche ? C’est bien la rencontre de ce vide spirituel et de ce besoin d’absolu qui crée la dépression au cœur de laquelle nous nous trouvons. « Il passe ce monde tel que nous le voyons » s’écrie St Paul : oui… parce que nous sommes faits pour un autre monde !

     Alors, la laïcité, les valeurs de la République, le ‘vivre ensemble’, ces mots ne deviennent-ils pas de plus en plus creux ? Inaudible. Ce ne sont pas des grandes phrases qui font que les 1ers disciples quittent tout ; c’est l’appel d’une personne : « Venez à ma suite ». Une personne, pas des idées, encore moins une idéologie. Ninive, « la grande ville païenne », traversée par Jonas, annonce ce monde païen traversé par Jésus, et que nous avons, à notre tour, à oser traverser, affronter.

 

3) Oui il y a bien urgence, alors : que faire,

     Pour paraphraser Renan, il faut avoir le courage d’entreprendre une véritable réforme intellectuelle et morale. Quitter le terrain de l’idéologie, arrêter de faire l’autruche, arrêter les entreprises de déconstruction systématique de notre patrimoine moral, culturel et religieux. Bref, cesser d’avoir peur ! Et ne pas tout attendre du politique. Par contre, tout attendre de la force de l’Esprit-Saint.

     En 1980, au Bourget, saint Jean-Paul II nous interpellait : « France, fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême […]. Es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’Alliance avec la Sagesse éternelle ? ». 35 ans après, où en est-on ? Pour arracher la France à sa vocation, on travaille à couper les français de leurs racines, de leur histoire. Puisqu’il y a un tel vide spirituel, la situation actuelle est pour nous un défi. Mais à condition de sortir de nos torpeurs, de notre embourgeoisement. Ce à quoi nous tenons tant, ce pour quoi beaucoup se sont mobilisé il y a quinze jours, ne peut vivre que sur les Pierres d’angle chrétiennes. Il y va donc de notre responsabilité. Accepterons nous de réponde à l’appel du Christ : « Venez à ma suite, je vous ferai devenir pêcheur d’hommes » ?

    


Père Hervé Rabel