Père Hervé Rabel le 23 août 2015

         21è dimanche du temps ordinaire ‘B’ - Saint-Pierre de Neuilly - 23 août 2015

 

 

1) Dans cet évangile, entre Jésus et les disciples, c’est un dialogue pratiquement ‘nuptial’

     Sommes à la fin du chap. 6 de St Jean, que nous avons médité pendant plusieurs semaines. Ensuite ce sera la Fête des Tentes, épisode qui commence avec ce verset terrible : « Les Juifs cherchaient à tuer Jésus » (7,1). Si le Christ propose une alliance ‘conjugale’, ce seront des noces de sang. Rappelons nous ce qu’il disait, il y a 8 siècles, à Angèle de Foligno : ‘Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée’.

     Cette conjugalité, elle est au cœur de la 2ème lecture ; il ne s’agit pas du tout de machisme, mais bien d’une soumission réciproque qui est demandé à l’époux comme à l’épouse : « Soyez soumis les uns aux autres ». Cette soumission, elle n’est que le reflet et elle prend sa source dans celle que l’on doit au Christ. C’est ce qu’on appelle le ‘don de piété’, par lequel on reconnaît que l’on n’est pas maître de la vie et que c’est de Dieu que l’on reçoit tout. C’est, finalement, tout l’enjeu de l’encyclique Laudato si’ : ce monde est à accueillir dans la louange et la gratitude, comme don de Dieu.

 

2) Ce dialogue pratiquement ‘nuptial’ nous renvoie au mariage, comme sacrement primordial

     C’est ce que nous dit St JP II dans cette somptueuse ‘Théologie du corps’ qu’il a élaboré. « Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Eglise ». Le sacrement du mariage est là pour transmettre dans le monde visible le mystère caché en Dieu de toute éternité : mystère de don et de communion, qui sera restauré dans les épousailles du Christ et de l’Eglise.

     Sacrement primordial, souligne St JP II parce que tous les sacrements ont cette dimension de nuptialité et c’est bien pourquoi le dialogue de l’évangile a cet accent conjugal : « Voulez-vous partir, vous aussi ? ». Ce qui signifie : acceptez-vous d’être partie prenant de ces noces de sang de la croix, annoncées par ce pain vivant, donné, livré, pour que le monde ait la Vie ? Question anxieuse de l’Epoux… D’où la réponse de Pierre, c’est-à-dire de l’Eglise, de l’Epouse : « Seigneur, à qui irions-nous ? ». Un peu plus tard, ce sera « Pierre, m’aimes-tu ? ». Au ‘oui’ du Christ, qui n’a jamais été que ‘oui’, va répondre notre foi, c’est-à-dire cette soumission amoureuse, cette dépendance joyeuse à Dieu.

 

3) Ce dialogue nuptial, écho de ce sacrement primordial, peut nous permettre de mieux vivre nos messes

     Bien sûr, nous sommes invités, surtout si nous sommes mariés, à redécouvrir la grandeur du mariage catholique, surtout aujourd’hui où on ne voit plus bien ce que veut dire se marier, dans la société civile. Mais c’est aussi une invitation à mieux comprendre ce lien intime entre la nuptialité et la messe. ‘Heureux les invités au festin des noces de l’Agneau’ dit le prêtre en présentant le Pain vivant, rompu. Parce que la messe est bien plus qu’un cœur à cœur : c’est, objectivement, un corps à corps. ‘Prenez : ceci est mon corps’.

     Je pensais à l’étonnement des massacreurs, en septembre 1792 : ‘Les prêtres allaient à la mort avec la même joie que s’ils fussent allés à des noces’. Parce qu’ils partaient célébrer ces noces éternelles dont chaque messe est la préfiguration. Venons-nous à la messe comme à des noces, nous qui sommes, si souvent, en retard ? Nous confessons-nous régulièrement, pour que notre robe nuptiale soit belle ? Venons-nous avec ce désir de célébrer les épousailles de Dieu et de l’homme ? Comme dans tout mariage, ne sommes-nous pas guettés par l’habitude ? Reprenons la fin de la 1re lecture : « Nous voulons servir le Seigneur, car c’est Lui qui est notre Dieu ! », ce Dieu qui nous invite à ces épousailles éternelles.

 



Père Hervé Rabel