Père hervé Rabel le 22 mars 2015

                       5ème dimanche de carême ‘B’ - Saint-Pierre - 22 mars 2015

 

     « Nous voudrions voir Jésus » : question tout à fait légitime mais, pour cela, l’évangile nous montre qu’il faut faire trois détours.

 

1) Le 1er détour, c’est celui de l’Eglise

     Pourquoi ces « quelques grecs » n’abordent pas directement Jésus ? Ils passent par Philippe, qui lui-même va passer par André. André, Philippe, l’Eglise en germe… Ces grecs devaient être eux-mêmes ce qu’on appelle des ‘craignants-Dieu’, des païens ayant le désir du Dieu unique, que les idoles ne satisfaisaient plus. Cet évangile annonce bien l’entrée des païens dans l’Eglise.

     Et c’est par l’Eglise, et dans l’Eglise, que nous pourrons voir Jésus. Car l’Eglise nous enfante au Christ, nous donne tout du Christ, du seul et vrai Dieu. C’est elle qui, sainte et irréprochable, montre le visage du Christ sur cette terre. Que de « grecs » autour de nous, toutes ces personnes qui en ont assez du ‘vide’ proposé par notre société, qui souhaitent secouer le joug des si nombreux esclavages ! Nous avons à devenir ces « Philippe », ces « André », qui leur permettront d’entr’apercevoir le visage du Bien-aimé.

 

2) Mais il y a un 2ème détour : celui du don de soi

     Car « voir Jésus » n’est pas au bout d’une recherche intellectuelle, encore moins d’une simple curiosité. Il faut s’investir, se rendre sur la même ‘longueur d’onde’ que celle de notre Dieu. C’est pourquoi Jésus parle du grain de blé tombé en terre qui donne du fruit. C’est de lui dont il parle, mais c’est aussi de nous, si nous désirons le « voir » : il s’agit de l’imiter dans le don de lui-même, pour entrer en consonance avec lui.

     Il s’agit de « se détacher » de sa vie, c’est-à-dire de ne plus vivre à la superficie de celle-ci, mais de plonger dans la profondeur de notre vie, là où nous pourrons rencontrer le Seigneur. Que de superficialité aujourd’hui, le ‘divertissement’ aurait dit Pascal ! Et pourtant déjà Jérémie mettait en garde : « Je mettrai ma loi au plus profond d’eux-mêmes » : le Christ, qui est la Loi nouvelle, se trouve au fond de notre cœur. Et c’est là, en opérant un long travail de conversion, que nous pourrons « le voir »…

 

3) Il y a enfin, pour « voir Jésus » un 3ème détour à opérer : celui de la confiance

     « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ». Suivre Jésus, l’accompagner sur ce Chemin qu’il est lui-même. Et cela jusqu’à l’agonie car ce passage de St Jean ne nous montre-t-il pas l’agonie de Jésus que les autres évangélistes placeront juste avant l’arrestation. Consoler Jésus en l’aimant de tout notre cœur. « Nous voudrions voir Jésus ». Mais la seule image probable que nous avons du Seigneur, n’est-ce pas le Linceul de Turin qui nous le montre justement, avec les marques de sa Passion ?

     La question était légitime ; Jésus y répond, indirectement. Vous me verrez, en effet, si vous acceptez de partage ma vie, de vous décentrer en vous laissant attirer par moi. « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi ». Vous me verrez au plus profond de vous-même car vous êtes appelés à devenir ‘autre Christ’, à rayonner mon visage. A la question, légitime, des païens, c’est à nous de donner la réponse en devenant visage du Seigneur : n’est-ce pas tout l’enjeu de notre vie chrétienne ?

 

 

 Père Hervé Rabel