Père Hervé Rabel le 21 juin 2015

                12ème dimanche temps ordinaire ‘B’ - Saint-Pierre - 21 juin 2015

 

« Passons sur l’autre rive » : invitation à un passage…

 

1) Passer d’une rive à l’autre

     Une année se termine. Avec toutes ces habitudes prises, qui rassurent. Ce risque de ronronner, de s’installer. Se rappeler alors ce que ne cesse de nous dire le pape François : attention à la ‘mondanité’. Dans La Joie de l’Evangile (§ 20) : ‘sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Evangile’…

     Il nous faut donc réécouter St Paul : « Si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle […] un monde nouveau est déjà né ». Invitation à un passage : Mgr de Kérimel, évêque de Grenoble écrivait (dans un article qui s’intitule ‘Une Eglise en refondation’) :‘Notre préoccupation ne doit pas être d’entretenir un système, mais de répondre à la mission d’aujourd’hui’. Passer d’une certaine morale à la foi vivante, qui est une aventure, une désinstallation.

 

2) Passer de la peur à la ‘crainte’

     Notre société a peur : peur de l’autre, des migrants, du chômage, des bouleversements climatiques, des mutations sociétales… Et les chrétiens ne sont pas épargnés. D’où le risque d’un repli identitaire ou du découragement. D’où le risque, pointé aussi dans La Joie de l’Evangile (§ 85) de se transformer ‘en pessimistes mécontents et déçus au visage assombri’. Mgr de Kérimel écrivait : ‘L’Eglise n’a pas fini ses mutations, sa conversion, et les jeunes ne sont pas attirés par la gestion d’ »un système en déclin’.

     Dans l’évangile, les disciples crient : « Nous sommes perdus » ! Mais l’action du Christ fait qu’ils sont « saisis d’une grande crainte » devant la puissance de Dieu qu’ils devinent à travers cette action. Cette force que le passage de Job nous décrit, à sa manière. Jésus paraissait endormi mais, en fait, c’était les disciples qui somnolaient, ou plutôt, ils avaient « leur vie centrée sur eux-mêmes » (2 Co) « L’amour du Christ nous saisit » écrit St Paul : laissons-nous saisir nous aussi par cet amour, pour passer de la peur à la ‘crainte’, à la certitude que ‘rien n’est impossible à Dieu’.

 

3) Passer de Jésus au Christ mort et ressuscité

     Dans l’évangile, Jésus est comme pris en otage par les disciples : « ils emmenèrent Jésus, comme il était » : Jésus devient comme leur propriété, ils le réduisent à leur échelle. Et, de fait, Jésus paraît alors comme endormi. Finalement, les disciples le mettent à l’écart de leur existence « à l’arrière » précise le texte. Ils se sont construit une image de Jésus. Et c’est la tempête qui les réveille (après tout, notre société n’est-elle pas en crise ?) et Jésus peut alors se révéler à eux « Qui est-il donc ? » : ils sont relancés comme chercheurs de Dieu. Ils ne le « connaissent plus d’une manière simplement humaine » (2 Co).

     Au moment ou notre société semble se disloquer, en plein tempête de sens, Mgr de Kérimel affirme qu’ ‘après 15 siècles de chrétienté, nous sommes en période refondation. Notre pauvreté nous oblige à revenir au Christ, à compter sur Dieu’, à ne nous appuyer que sur Lui. Passer sur l’autre rive, c’est un appel qui nous est lancé : l’évêque de Grenoble écrivait : ‘Nous avons une vraie conversion spirituelle et pastorale à vivre qui peut se résumer dans l’expression du pape François : être des ‘disciples-missionnaires’. Demandons à l’Esprit-Saint d’opérer en nous ce passage.

    


Père Hervé Rabel