Père Hervé Rabel le 20 décembre 2015

           4ème dimanche Avent ‘C’ - Saint-Pierre/Saint-Jacques - 20 décembre 2015

 

 

     Trop souvent, on aborde ce mystère de la Visitation en se focalisant sur la Vierge Marie qui, ensuite, chantera son Magnificat. J’ai préféré, cette année, l’aborder en partant de la figure d’Elisabeth, pour nous aider à nous préparer à Noël.

 

1) Tout d’abord, elle se décentre

     Si elle « entend la salutation de Marie », c’est qu’elle est attentive, qu’elle n’est pas ‘accaparée’. La Ste Vierge, jeune femme, court, se hâte ; Elisabeth, plus mûre, plus âgée, est comme recueillie et elle accueille le ‘shalom’ que lui dit la Vierge. Elle peut ainsi reconnaitre, comme le prophétise Michée, « celle qui doit enfanter » de celui « qui sera la paix ». N’est-ce pas l’attitude qui nous est demandée pour accueillir, à Noël, le Prince de la Paix ?

     Bien plus, si Elisabeth est « remplie de l’Esprit Saint », c’est qu’elle a su se faire capacité, accueil à la présence de Dieu. Pas seulement pour elle, mais pour l’enfant qu’elle porte, pour Jean-Baptiste qui « tressaille en elle [… qui] a tressailli d’allégresse » parce qu’il reconnaît en Marie la nouvelle Arche d’Alliance, elle qui porte le Sauveur. Ne faut-il pas, à notre tour, nous faire capacité, pour accueillir l’Esprit-Saint, qui nous fera entrer dans le mystère de l’Incarnation ?

 

2) Non seulement elle se décentre, mais elle s’étonne

     Pourquoi parle-t-elle « d’une voix forte » ? N’est-ce pas parce qu’elle est bouleversée, au plus profond d’elle-même ? Elle ne parle pas, elle « s’écrie » précise saint Luc. « Pousse des cris de joie, fille de Sion, Eclate en ovation, Israël », entendions-nous dimanche dernier, avec le prophète Sophonie. Et nous, sommes-nous vraiment bouleversés d’accueillir, avec la Vierge, celui qui est la Paix, celui qui est vainqueur du mal ?

     Et puis, chez Elisabeth, il y a aussi cette expression : « D’où m’est-il donné… ? ». Cela veut dire qu’elle comprend qu’elle reçoit un cadeau magnifique. L’épitre aux Hébreux précise que ce cadeau, c’est Jésus lui-même, qui s’offre au Père « une fois pour toutes ». A quelques jours de Noël, quelle est notre capacité d’accueil de Celui qui s’offre pour notre vie ? Sommes-nous si attentifs que cela devant ce mystère central de notre foi ? Ne sommes-nous pas ‘accaparés’ par toutes sortes de préoccupations ?

 

3) Enfin, elle annonce

     Si elle se décentre, si elle s’étonne, l’objectif est bien de devenir missionnaire. Et, de fait, elle annonce le Christ, « le fruit de tes entrailles », elle permet à la Vierge d’entrer plus profondément dans le mystère de Celui qu’elle porte. La scène se passe au lieu-dit Aïn Karem, qui signifie ‘La Source de la Vigne’. La Vigne, c’est l’Eglise en gestation. Et le psaume s’adresse à Dieu : « Visite cette vigne, protège-la ». Elisabeth permet à Marie de mieux comprendre qu’elle va donner au monde cette Source intarissable de grâces qu’est le Christ.

     « Heureuse celle qui a cru » s’écrie-t-elle. Elle révèle ainsi à la Vierge qu’elle est comblée de joie et que tout croyant est appelée à se réjouir de la joie de Dieu. Cette scène de la Visitation a lieu « En ces jours-là » précise saint Luc : cette formule marque l’intemporalité de l’action de Dieu. C’est à nous, à la suite d’Elisabeth, d’annoncer cette visitation de DIeu ; dans ce monde tellement meurtri, nous avons, inlassablement, à être les témoins de ce Dieu de paix et de joie. N’est-ce pas toute la signification de cette fête qui approche ?


 


 Père Hervé Rabel