Père Hervé Rabel le 1er février 2015

              4ème dimanche du temps ordinaire ‘B’ - Saint-Pierre - 1er février 2015

 

1) Il faut « être attachés au Seigneur sans partage », demande St Paul

     Je suis quand même un peu étonné… c’est un euphémisme ! A la limite, on peut être scandalisé par ce qu’écrit St Paul au sujet du mariage. Néanmoins, il faut quand même nuancer : au v. 25, il écrit « je donne mon avis… » ; il pense, en effet, aux divisions possibles dans les familles, en cas de conversion de l’un des membres. Rappelons, en St Luc (12,53) : « ils se diviseront : le père contre le fils… ». Il s’agit bien là de la radicalité d’être disciple ! Et aussi, au v. 27, il précise : « Tu es marié ? Ne cherche pas à te séparer de ta femme ». Bref, il faudrait relire tout ce chapitre 7 de la 1re aux Corinthiens.

     Cela relative quand même ces phrases assez étonnantes de ce passage. Et puis, il faut aussi rappeler le chapitre 5 des Ephésiens avec ce magnifique parallèle entre le Christ et l’Eglise, et l’homme et la femme : « ce mystère est grand », dit-il en parlant du mariage (Ep 5, 32). On a dit que cette épitre n’était pas de St Paul lui-même ; en tout cas, elle représente le dernier stade de sa pensée, par le biais sans doute d’un disciple.

 

2) Parce qu’ « être attaché au Seigneur sans partage », c’est bien l’objectif du mariage chrétien.

     Le mariage chrétien, ce n’est pas un ‘petit plus spirituel’ par rapport au mariage civil, c’est tout autre chose. C’est là, d’ailleurs, toute l’ambiguïté de nos préparations aux mariages : cet écart entre ce qu’attendent les couples… et ce que propose l’Eglise… L’homme et la femme, dans le don total d’eux-mêmes pour une vraie communion, sont appelés à devenir le sacrement vivant de la communion des personnes divines ; bien plus, ils sont, par la grâce du sacrement, appelés à être le signe visible des épousailles du Christ-Epoux et de l’Eglise-Epouse.

     Cela veut dire qu’il ne faut pas caricaturer St Paul ; il y a 15 jours, que disait-il, dans cette même lettre : « Rendez-donc gloire à Dieu dans votre corps » (I Co 6,20). Et Yves Sémen, qui travaille à faire connaître l’extraordinaire ‘Théologie du Corps’ de Jean-Paul II affirme que ‘Notre religion, c’est la religion du corps !’. Puisque c’est par ‘le corps splendide de mon Sauveur’, expression de Marthe Robin, par ce mystère de l’Incarnation, que nous avons été rachetés. Le mariage, la liturgie des corps, comme ‘sacrement primordial’ dit saint Jean-Paul II qui ‘dit’ Dieu créateur et sauveur. Il est donc essentiel que l’Eglise travaille cette Théologie du corps, aujourd’hui si peu connue.

 

3) Alors, comment vivre le mariage dans cette optique d’ « être attachés au Seigneur sans partage » ?

     Dans l’évangile, il est souligné que Jésus parle « avec autorité » : c’est-à-dire qu’il veut faire grandir toutes réalités humaines, en nous guérissant du péché. Pour qu’en nous resplendisse son Visage. On parle du mariage, mais je n’oublie pas les célibataires qui auront, à leur manière, à « être attachés au Seigneur sans partage ». Que chacun réponde à sa vocation de personne, qui ne se réalise que dans le don total de soi-même.

     C’est donc tout l’enjeu de cette Théologie du Corps, sur laquelle nous reviendrons - et la Journée des Familles du 31 mai y sera consacrée - ; réponse étonnante, définitive, à la déconstruction anthropologique que nous vivons actuellement. St Paul évoque le mariage : les chrétiens ont à le vivre comme une vocation, et une vocation à la sainteté, par le don mutuel, total, de leur corps, dans la différence de leur masculinité et féminité. En ces moments où tout paraît brouillé, redevenir signe de contradiction, réaffirmer la beauté de l’engagement total, appelé par la différence des sexes. Et signifier que l’accomplissement de ce don de soi-même aura lieu lorsqu’au Ciel, la plénitude de communion sera réalisée en Dieu.

 

Père Hervé Rabel