Père Hervé Rabel le 18 octobre 2015

               29ème dimanche du temps ordinaire - Saint-Pierre - 18 octobre 2015

 

1) On a envie de féliciter Jacques et Jean

     Oui, bravo, parce que vous souhaitez être grands, être ambitieux. N’est-ce pas Nietzsche qui soutenait que le chrétien a une mentalité d’esclave ? S’écraser, être petits, tendre l’autre joue… Pourtant, rappelez vous le pape François : ‘Si quelqu’un parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing, et c’est normal’. Le disciple du Christ n’a pas à être une femmelette ! A fortiori dans une Europe saisie par le vertige du renoncement, de la dissolution. Voyez le livre de Pierre Manent Situation de la France ou lisez Finkielkraut, parlant de ‘détestation nationale’. Cette démission collective, cette exténuation de notre pays n’est pas sans influer.

     Il y a 20 ans, paraissait un livre : ‘Jean-Paul II, le résistant’ : rappelez-vous comment il parlait de ‘l’homme’, de sa grandeur ; et comment il a participé à la chute d’une idéologie totalitaire ! Depuis, de nouveaux asservissement nous guettent : le cardinal Sarah, au synode, pointait 2 menaces : « d’une part l’idolâtrie de la liberté occidentale ; de l’autre le fondamentalisme islamique : laïcisme athée contre fanatisme religieux ». Manent parle d’ « éviscération spirituelle »…Et le pape, dans son message pour cette Journée Missionnaire Mondiale, écrit : « Dans le commandement de Jésus ‘Allez’, sont présents les scénarios et les défis toujours nouveaux de la mission évangélisatrice de l’Eglise ». Alors, soyons, comme Jacques et Jean, ambitieux !

 

2) Seulement… de quelle ambition, de quelle grandeur s’agit-il ?

     Rappelons-nous la définition de l’homme selon Vatican II : « L’homme, seule créature sur terre que Dieu a voulu pour elle-même, ne se trouve pleinement que dans le don sincère [c’est-à-dire radical, absolu] de lui-même ». Pour être vraiment homme, il s’agit d’abord de se reconnaître comme ‘créature’ et devenir des êtres de gratitude : voyez tout ce que dit Laudato si’ à ce sujet. Et ensuite, comme le dit Jésus, « qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ».

     Je prendrais seulement 2 exemples ; D’abord le scoutisme. Lors de la promesse : « Pourquoi devenir scout ? – Pour apprendre à mieux servir Dieu et mon prochain ». Et la prière : « Apprenez-nous à être généreux » (ce qui est le propre, l’essence même de Dieu). Servir, se donner… C’est cela qui fait des hommes, des femmes, pleinement humains et responsables. Grands de la véritable grandeur. Et puis aussi la ‘Théologie du corps’, de saint Jean-Paul II : grandeur et beauté du don total de soi dans le mariage, qui permet de réaliser pleinement sa vocation de personne. Allons-nous continuer cette « frénésie mégalomane », comme le dit le pape ou entrer dans la logique du don ?

 

3) Oui, à nous d’être les témoins de cette véritable grandeur.

     Nous sommes aujourd’hui, et tout le monde le dit, à la croisée des chemins. Voyez le pape qui veut « nous aider à sortir de la spirale d’autodestruction dans laquelle nous nous enfonçons ». Pour nous, croyants, il s’agit d’ « être cohérents avec notre propre foi », bref, « la crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure ». « Les civilisations sont mortelles » rappelait Valéry, mais l’Eglise en a vu d’autre… à condition que nous répondions à l’appel du pape François. Et que nous montrions qu’il nous faut être grands… de la grandeur même de Dieu qui est de se donner.

     Pierre Manent et Finkielkraut ont récemment dialogué dans Le Figaro et Manent disait : «  La question de la place du christianisme dans notre société est devant nous ». « Maître, ce que nous allons te demander… ». Qu’avons-nous à demander au Seigneur ? Comme Salomon : un cœur attentif et le discernement. Bien connaître les réalités complexes de notre société, discerner les priorités et ensuite, comme le dit l’Epitre aux Hébreux : « Avançons-nous donc avec assurance ». Plus que jamais, nous sommes invités au courage de la foi. Jean-Paul II le résistant : résister à l’appel des sirènes du renoncement, de l’avachissement collectif, pour, dans la vérité et la charité, prendre le chemin de la vraie grandeur, en suivant le Christ.

 

 

 Père Hervé Rabel