Père Hervé Rabel le 18 janvier 2015

             2ème dimanche du temps ordinaire ‘B’ - Saint-Pierre - 18 janvier 2015

 

 

     Je me suis demandé pourquoi il y avait cette 2ème lecture, de St Paul, sur le corps, et le corps très ‘physique’, très concret… alors que la 1ere lecture, et l’évangile parlent de la recherche de Dieu, avec Samuel, et les 1ers disciples… Mais qu’est-ce le corps vient donc faire dans cette recherche spirituelle ?

 

1) Mais d’abord parce que le corps est au centre d’une vision de l’homme

     La question du mariage pour tous, qui n’est pas réglée bien sûr, n’est jamais qu’un avatar d’une idéologie bien plus large : celle du genre (ou du ‘gender’). Qu’est-ce que cette idéologie, si ce n’est un refus du corps, du corps masculin/féminin. Une des fondatrices, Judith Butler, écrivait : « Le corps lui-même est une construction »… élaborée, bien sûr, par l’homme masculin pour dominer ! Du coup, on va réduire l’homme à une liberté, une volonté abstraite : ce que je veux, comme je veux, quand je veux… Vendredi, la ministre de la Santé a défendu un ‘droit à l’avortement sûr et légal’ : ‘On est mère si on le veut, quand on le veut !’ D’où le risque du totalitarisme d’une vision culturelle, qui veut tout maîtriser.

     Refus du corps, donc mépris du corps : on dissocie union et procréation, la pornographie risque de tout envahir, on élimine la maternité ; récemment, des grandes firmes proposent – ou imposent – aux femmes de stocker leurs gamètes pour qu’elles soient mères lorsque leur parcours professionnel le leur permettra, à 50 ans par exemple. Or St Paul, on le voit, insiste sur le corps sexué, réalité magnifique, mais dont l’usage peut être dénaturé ou perverti. Superbe réalité, mais qui peut être oubliée, voire niée. Voyez comme tout les facultés du corps permettent à Samuel, aux 1ers disciples d’avancer dans leur vie spirituelle !

 

2) Car c’est par notre corps que nous disons Dieu, que nous sommes signes de Dieu

     On le voit dès la Genèse, où Dieu créé l’être humain, il le créé ‘homme et femme’ : et c’est cette complémentarité masculine et féminine qui va ‘dire’ Dieu, ce qu’il est au plus intime de lui-même. L’homme et la femme sont image et ressemblance de Dieu. « Le Seigneur est pour le corps » écrit St Paul : qu’est-ce à dire, si ce n’est que notre corps est le réceptacle, la demeure, le vrai tabernacle de Dieu, « sanctuaire de l’Esprit » ajoute-t-il. Quelle beauté, quelle grandeur que ce corps !

     On redécouvre aujourd’hui cette extraordinaire ’Théologie du corps’ explicitée par saint Jean-Paul II. Le corps sexué, dans sa différence et sa limite, est fait pour le don et pour la communion : il révèle que nous sommes des êtres de communion, à l’image du mystère trinitaire. Et puisque nous venons de fêter Noël, où Dieu s’est fait homme masculin, afin d’épouser l’humanité, rappelons que le corps révèle aussi, dans sa complémentarité masculine et féminine, ces épousailles de sang, la rédemption opérée par la venue du Christ. « Tu m’as formé un corps […] alors j’ai dit ‘Me voici’ » dit le Ps 39, repris par l’Epitre aux Hébreux. Le Seigneur a donné à Samuel, à Paul, aux 1ers disciples un corps, pour qu’ils puissent le rencontrer… et en être signe.

 

3) Bien plus, notre corps est appelé à faire la gloire de Dieu

     « Rendez donc gloire à Dieu, dans votre corps » s’écrie St Paul. Notre corps, toute notre personne, dans sa singularité féminine ou masculine, est fait pour la gloire de Dieu. Ce n’est pas simplement notre âme, notre esprit, mais tout notre être qui est appelé au salut ; car c’est comme le disait Ste Elisabeth de la Trinité, une ‘humanité de surcroit’ pour le Christ. Aujourd’hui, nous allons vers ce que l’on appelle un ‘transhumanisme’, un homme nouveau, refabriqué, voire immortel… C’est l’éternel péché originel où l’homme veut se faire Dieu et non accueillir Dieu. L’homme et la femme qui prennent le fruit, au lieu de le recevoir comme un don…

     Chacun est unique, précieux, non interchangeable. Au moment où la culture du déchet veut s’imposer : avortement comme droit, euthanasie, eugénisme, c’est à nous, chrétiens, de défendre l’homme ! L’homme créé par amour et appelé à ressusciter avec son corps sexué, unique. « Dieu, par sa puissance, nous ressuscitera aussi », dit St Paul. Nous venons de vivre des jours des violences, mais il y a d’autres violences, bien plus subtiles, car elles s’attaquent à la racine même de ce qu’est l’homme : « vous avez été achetés à grand prix : rendez donc gloire à Dieu dans votre corps » ! Exactement ce qu’ont réalisé, à travers toute leur personne, Samuel, Paul et les 1ers disciples. Et c’est bien ce à quoi nous sommes appelés.

 

 

Père Hervé Rabel