Père Hervé Rabel le 17 mai 2015

                    7ème dimanche de Pâques - St Jacques/St Pierre - 17 mai 2015

 

     L’évangile de ce dimanche, situé entre l’Ascension et la Pentecôte, tourne autour du mot ‘monde’ : 9 fois, ce mot est cité dans ce court texte.

 

1) Ce monde est-il mauvais ?

     On pourrait le penser : ce monde qui prend en haine et le Christ et ses disciples. Cependant, chez le même évangéliste, on a cette affirmation superbe : « Dieu a tellement aimé le monde qu’Il a donné son Fils […] pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 16-17). Et c’est vraiment le cœur de la révélation. D’ailleurs, le 6ème jour de la création, Dieu voit tout ce qu’Il a fait : « c’était très bon » nous rappelle la Genèse (2,31).

     Il y a donc une ambivalence de ce monde, très beau à l’origine, mais abimé, blessé par le péché. Et c’est dans ce monde ambigu que nous sommes envoyés, à la suite du Christ : « moi aussi, je les ai envoyés dans le monde ». La 1re attitude qui nous est demandée, ce n’est pas du juger ce monde, de s’en retirer dans une tour d’ivoire, de nous blinder comme dans un dernier carré. C’est le regard même de Dieu que nous devons avoir sur ce monde, mais en étant cependant pas dupe qu’il est le lieu où sévit le Mauvais. Et le Christ prie le Père « pour que tu les gardes du Mauvais », qui est bien le Prince de ce Monde…

 

2) Ce monde est-il sans Dieu ?

     Quand le Christ était dans le monde, il veillait sur ses disciples. Mais il est retourné vers le Père. Et c’est vrai que c’était tellement sécurisant pour les disciples, cette présence du Seigneur. Sauf pour Judas, qui « a déserté » nous rappellent les Actes. C’est vrai que le Seigneur nous a dit qu’il ne nous laisserait pas orphelins… mais l’Esprit-Saint a souvent une action bien ténue, bien déroutante… Et tant d’évènements aujourd’hui nous montrent l’absence de Dieu…

     Mais n’est-ce pas justement parce que nous sommes responsables de la présence de Dieu, aujourd’hui, en ce monde ? Il ne s’agit pas de « déserter de notre place », comme Judas l’a malheureusement fait ! « Témoins de sa résurrection », dans ce monde désabusé, nous précisent les Actes. Témoins de la joie trinitaire dans cette société triste et dépressive. Et la 1re manière d’exercer cette responsabilité c’est « nous aussi, nous aimer les uns les autres » à l’image de l’amour entre le Père et le Fils, dans l’unité de l’Esprit. C’est pourquoi Jésus demande à son père de nous garder « unis dans son nom » : unis dans la Sainte-Trinité. Quel bel honneur Dieu nous fait : être témoins de sa présence agissante, poursuivre l’œuvre commencée par le Christ lorsqu’il était dans ce monde.

 

3) Ce monde est-il sans perspectives ?

     On pourrait dire qu’aujourd’hui, s’il y a des perspectives, elles sont assez effrayantes : une deshumanisation croissante, une pollution qui semble irrémédiable, et, au loin, se profile un transhumanisme, une refabrication de l’homme par une science devenue folle. « Si le Christ n’est pas ressuscité […] nous sommes les plus à plaindre des hommes […] mangeons et buvons car demain nous mourrons » s’écrie St Paul (1 Co 15, 17.19.32). Et beaucoup de nos contemporains mangent et boivent car leur unique perspective, c’est la mort…

     Or le Christ demande à son Père de « nous sanctifier dans la vérité », qui est sa Parole, qui est le Christ lui-même. Dans ce monde aimé de Dieu, dont nous sommes responsables, nous avons à être les témoins qu’il y a un sens, une direction, qu’il y a une Source d’où nous venons et vers laquelle nous allons. Demandons au Christ de nous « combler de sa joie », par l’action de l’Esprit-Saint, afin d’attester que « le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde ».

    

 

Père Hervé Rabel