Père Hervé Rabel le 15 novembre 2015

         33ème dimanche du temps ordinaire ‘B’ - Saint-Pierre - 15 novembre 2015

 

1) « Une grande détresse »

     Il ne s’agit pas forcement de la ‘fin du monde’, mais bien des ‘derniers temps’ dans lesquels nous sommes. Pour les disciples, c’est l’annonce des persécutions, des hérésies. Pour nous, c’est ce que nous vivons : chômage, familles éclatées, renversement des repères, où un mal est appelé ‘bien’. Mais aussi toutes ces peurs écologiques, avec à l’horizon la COP 21. Et, bien sûr, cette guerre qui éclate maintenant au grand jour. Mais, plus profondément encore, n’est-ce pas cette alliance entre un ultralibéralisme financier et les dérives libertaires, qui se liguent pour fabriquer un homme nouveau. Ne nous leurrons pas : les dérèglements naturels, la violence actuelle, ne sont que des conséquences du dérèglement humain. ‘Tout est lié’, ne cesse de dire le pape François…

     Quelle réponse à donner, devant ces peurs légitimes ? On peut former un ‘dernier carré’, se claquemurer entre soi : ce n’est guère évangélique. Ou bien - ce que dénonce Pierre Manent dans Situation de la France - : renoncer. Jouir encore pour quelque temps de tous ces droits dont nous sommes abreuvés et ‘après moi, le déluge’. Voyez l’endettement de notre pays ! Manent parle de ‘la lassitude de la liberté’ et évoque notre ‘éviscération spirituelle’… Ce qui en dit long sur l’état de notre société ! Et ces incantations sur les prétendues ‘valeurs de la République’ ne changeront rien…

2) Mais, malgré cette détresse, il y a la force de l’espérance

     C’est cette comparaison du figuier, qui indique que l’été est proche, que la nouveauté advient. Seulement, pour percevoir ce signe, il faut 2 dispositions : être attentif et savoir lire les signes. Et ces dispositions, nous ne les retrouveront qu’en nous attachant davantage à Jésus-Christ. Récemment, le P. Toufic Eïd, le curé de Maaloula, ce village syrien libéré de l’emprise de l’Etat islamique en 2014, est venu en France ; il disait : « Je suis venu témoigner de notre existence de chrétiens […], mais également pour parler d’espérance ». Pour être homme d’espérance, que demande le Christ : ne pas avoir peur de voir ce monde, le décrypter, pour y déceler les signes d’espérance.

     Nous tiendrons, non par nos propres forces, mais grâce à ces vertus théologales, c’est-à-dire cette force venue de Dieu, et spécialement la vertu d’espérance, qui n’est pas naïveté, couardise, mais confiance en celui qui nous a dit : « Je suis vainqueur du monde ». Les feuilles du figuier, c’est cet élan extraordinaire des jeunes catholiques depuis les évènements du ‘mariage pour tous’ ; un hebdomadaire que beaucoup lisent ici titrait récemment : ‘Catholiques. La révolution silencieuse’. Et Gaël Brustier, homme de gauche, sociologue, affirme : depuis la Manif pour Tous, « on a assisté à un réveil du peuple catholique ». Prier ne veut pas dire rester passif !

3) Mais reste une question

     En effet, pourquoi « Nul ne connait le jour et l’heure » ? Et « Pas même le Fils », ce qui semble le comble. « Pas même le Fils » parce qu’il a voulu partager, jusqu’à la mort du dernier homme, humblement, notre humanité et qu’il ne veut pas nous précéder dans cette connaissance. Mais heureusement que personne ne connaît ce jour et cette heure. Sinon, comme le souligne St Paul, nous serions « affairés sans rien faire ». Car cette heureuse ignorance est une invitation à ne pas être complice de cette déconstruction de l’homme, à nous engager, au contraire, avec courage, à la suite des appels pressants de notre pape.

     Fabrice Hadjad, dans son dernier livre au titre éclairant ‘L’Aubaine d’être né en ce temps’, regrette l’efféminement des chrétiens et nous interpelle : ‘Tout ne peut plus que repartir de Dieu’. Relisez, à cet égard, Laudato si’… Nous sommes français : c’est dans notre histoire, notre culture, notre foi, que nous puiserons cette force d’âme dont le pays a tellement besoin. Et le P. Eïd nous interpelle : « L’avenir des chrétiens, pas seulement en Syrie mais partout dans le monde, dépend des chrétiens eux-mêmes, c’est-à-dire de leur foi. Je sais bien qu’il y aura toujours des persécutions. Il ne s’agit pas de pleurnicher sur les malheurs du monde, mais de mener le bon combat, celui de la foi. « En fin de compte, les chrétiens resteront là où leur foi restera », insiste le P. Eïd : a bon entendeur… !

 


Père Hervé Rabel