Père Hervé Rabel le 15 février 2015

                 6ème dimanche du temps ordinaire - Saint-Pierre - 15 février 2015

 

1) C’est l’évangile de l’échange : d’abord entre le lépreux et Jésus

     Echange étonnant. Au début, ce lépreux, qui « habite à l’écart, hors du camp », nous rappelle le Livre des Lévites. Et, à la fin, c’est Jésus lui-même qui est « à l’écart, dans des endroits déserts ». Parce qu’entre temps, il y a eu un échange : Jésus, en touchant cet homme, a pris sur lui sa lèpre et, en retour, l’a purifié, l’a guéri. L’homme peut répandre partout la nouvelle, Jésus, lui, doit se cacher, comme un lépreux.

     C’est St Paul qui l’a dit : non seulement le Christ a pris sur lui notre péché, mais il « s’est fait péché », il a catalysé sur lui toutes les forces du mal, pour les anéantir par la croix. En nous ‘touchant’, c’est-à-dire en acceptant de s’abaisser jusqu’à prendre notre condition d’homme, il a opéré cette transfusion de vie qui nous obtient la vie éternelle, la vie divine. Mais, pour lui, avec cette conséquence terrible : ses souffrances, sa Passion et la mort sur la croix. Ce combat avec le démon, d’où il est sorti victorieux.

 

2) mais cet échange étonnant, il est rendu actuel par cette messe que nous célébrons.

     Cette transfusion de vie, qui s’opère par la croix, elle s’actualise lors de chacune de nos messes qui abolit ces 2000 ans qui nous séparent du Calvaire et nous rend contemporain de la mort du Christ. La prière sur les offrandes du 20è dimanche du temps ordinaire parle de ‘cette eucharistie où s’accomplit un admirable échange’.

     Lorsque le célébrant met l’eau dans le calice, il dit : ‘puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité’. Avec le pain et le vin, c’est nos pauvres humanités, si fragiles, si blessées, si lépreuses, que nous offrons et, en échange, Dieu nous donne tout, il nous donne la vie du ressuscité. Admirable échange : nous n’avons pratiquement rien à donner, sinon nos pauvretés, et Lui nous donne cette richesse incommensurable ! A chaque sacrement, bien plus, à chaque messe, il nous ‘touche’ au plus profond de nous-mêmes, pour nous rendre la beauté d’enfant de Dieu.

 

3) cependant, cet échange doit se poursuivre au cœur de chacune de nos vie.

     Il ne faut pas, en effet, en rester là. A la limite, ce serait trop facile. Ce lépreux représente l’humanité blessée que le Christ vient sauver, mais c’est à nous de poursuivre cette œuvre de salut. Notre monde est, ô combien, couvert de lèpre ! Allons-nous nous en écarter, pour ne pas nous salir, ou allons-nous nous ‘mouiller’ ? Le Christ est « saisi de compassion » : et nous ? Voyez le Parvis des Talents, avec cette lèpre qu’est le chômage. Mais il y a aussi toutes les autres lèpres, qui attendent notre compassion.

     Regardez Pierre dans les Actes : « De l’argent, de l’or, je n’en ai pas, mais ce que j’ai-je te le donne : lève-toi et marche ! ». Il nous est demandé, comme le souligne St Paul d’ « imiter le Christ ». Comment pourrions-nous participer à cet ‘admirable échange’ qu’est la messe si, à la suite du Christ, nous ne partageons pas notre seul richesse, notre unique trésor, qu’est l’amour du Christ, pour recevoir, en échange, cette joie de donner ? Il y a urgence, si nous ne voulons pas que la lèpre continue d’envahir ce monde que Dieu est venu sauver. Tachons, comme le dit St Paul, de nous « adapter à tout le monde », à toutes ses misères, afin que ce monde soit sauvé.

 

 

Père Hervé Rabel