Père Hervé Rabel le 14 mai 2015

                                         Ascension 14 mai 2015 - Saint-Pierre

 

1) L’image la plus juste pour l’Ascension, c’est l’accouchement. D’abord le terme d’un processus.

     Pour une femme, c’est 9 mois. Pour le Christ, qui est la tête de ce corps qui est l’Eglise, c’est le départ vers le Ciel, après 30 ans de vie terrestre. Mais le corps suit la tête et, pour l’Eglise, c’est la perspective de rejoindre un jour la tête, qui est au Ciel, après tout ce long processus de formation qui a débuté lors de la création du monde. C’est la formation, lente, du Christ total, du Corps mystique, appelé à être un jour réuni pour la gloire du Père.

     Et pour chacun de nous ? Eh bien, c’est une invitation à grandir dans le Christ pour que l’Eglise soit formée. Parce que chacun est responsable de la tête, du Christ, mais aussi des autres membres : dans ce passage des Ephésiens, St Paul écrit : « supportez-vous mutuellement » : entr’aidez-vous afin que le Corps grandisse, se fortifie et puisse un jour suivre son Seigneur au Ciel. C’est tout l’enjeu de la communion des saints, cette entr’aide mutuelle pour que l’Eglise gagne le Ciel, là où est entré son Seigneur, sa Tête. C’est notre espérance : participer, corps et âme, à la gloire du Ciel.

 

2) Mais un accouchement, c’est douloureux.

     Enfin… c’est que qu’on m’a dit ! Plus ou moins ; on parle d’ailleurs de ‘travail’ pour la femme. Pour le Christ, la tête, cet accouchement au Ciel a été ô combien douloureux, puisqu’il est passé par l’incompréhension, le rejet, enfin la Passion et la croix. Mais pour le corps qu’est l’Eglise, pensons aux persécutions, à tous les martyrs, en nous rappelant que le XXème siècle a dépassé en horreurs tous les siècles précédents. Et ce n’est pas terminé…

     Mais pour chacun de nous ? Regardez Paul « en prison à cause du Seigneur ». De toute façon, la conversion est toujours un travail douloureux, même si nous ne sommes pas appelés au martyre. Le pape ne cesse de nous le redire : il faut sortir de nos conforts, de notre ‘mondanité’, de nos vieilles habitudes, pour revêtir l’homme nouveau, pour devenir fils adoptif. Il faut, écrit Paul « que se construise le corps du Christ », ce qui demande un travail pour chacun de nous.

 

3) Enfin, un accouchement, c’est, bien sûr, une naissance !

     La nouveauté de la résurrection, elle trouve son accomplissement dans l’Ascension, pour le Christ. Mais pour le Corps qu’est l’Eglise, il va falloir la Pentecôte, qui va être, sous la mouvance de l’Esprit, la première respiration de ce Corps. « Vous allez recevoir une force quand le St Esprit viendra sur vous » annonce la tête. Ce qui va permettre à l’Eglise de vivre en enfant de lumière, dans toute la nouveauté de Pâques.

     Et pour chacun de nous ? Il s’agit de vivre d’une manière nouvelle, renouvelée, pas comme le vieil homme que nous étions. Il ne s’agit pas de « regarder le ciel », comme le disent les deux anges aux apôtres, mais bien de vivre du dynamisme de l’Esprit sur cette terre, en vue du Ciel qui est notre objectif. Les apôtres « s’en allèrent proclamer partout l’évangile » nous dit St Marc : appel pour nous à vivre notre foi de manière renouvelée. Et tout particulièrement, à la vivre sur cette terre, en s’investissant dans la vie de la cité : la famille, la culture, la politique. Car nous qui sommes le corps du Christ, nous avons mission d’entraîner le monde entier vers le Ciel où la tête est entrée la première, nous précédant dans le Royaume.

 

 

Père Hervé Rabel