Père Hervé Rabel le 13 septembre 2015

     24ème dim. du tps. ord. ‘B’ - St Pierre. Messe de rentrée des scouts – 13.09.2015

 

1) « Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants » C’est le psaume de ce jour ; et c’est bien ça, le scoutisme ! ‘Marcher’ ! Un scout, ça marche, ça ne reste pas autour d’une table ! Vos responsables, dans l’éditorial, on fait le lien, à juste titre, avec l’encyclique Laudato si’. Que nous dit le pape ? Qu’il faut marcher sur la terre des vivants, qu’il faut aimer cette terre, en y voyant la bonté et la beauté de Dieu. ‘Tout est lié, tout se tient’ écrit-il. Il nous invite à voir dans la création, dans la nature, le message, les dynamismes inscrits par le Créateur. Et à réaliser que l’homme a une responsabilité particulière, puisqu’il parachève cette création. Il a une place centrale, tout en restant un être de nature ; il est gardien, et non pilleur, prédateur de cette nature.

     Avec ses 5 buts, qui font grandir le jeune dans toutes ses dimensions, le scoutisme permet de réaliser que ‘tout est lié’, il répond vraiment à cette ‘écologie intégrale’ que demande le St Père : respect de la nature, attention au plus faible, prises de responsabilités. Et tout cela, à travers des petites actions quotidiennes, très concrètes, pour sauvegarder notre ‘maison commune’, comme le souhaite notre pape. Bien entendu, la famille est le lieu privilégié pour cette éducation, et le scoutisme ne s’y substitue pas, il la complète, en faisant entrer dans une famille plus large.

 

2) « Marcher sur la terre des vivants », mais avec humilité, c’est bien le message de cette encyclique     Humilité vient de ‘humus’, la terre. Et le scoutisme n’est-il pas cette merveilleuse école de l’humilité, puisqu’il oblige à se confronter au réel ? Quitter son smart-phone, sa tablette…, pour savoir allumer un feu, faire une tente surélevée… Aujourd’hui, c’est le tourbillon de la démesure, amplifié par le règne de la technocratie; on parle même de ‘transhumanisme’ où l’homme veut se faire Dieu. Avec le scoutisme, on réalise qu’on ne peut pas tout et on apprend à devenir gardien, intendant de la création, qu’on essaye de rendre plus belle. Avec des actions bien modestes, avec beaucoup de sobriété, on entre dans la logique du don de soi, de la gratuité. ‘On peut vivre intensément avec peu’ écrit le pape François : ça, c’est le scoutisme !

     Le pape nous rappelle que crise écologique et crise sociale vont de pair, avec cette ‘civilisation du rebut, du déchet’. Le scoutisme apprend l’importance de l’autre, qui est un frère, un ami ; chacun compte dans une patrouille, surtout le plus jeune, le plus inexpérimenté. Confronté au réel, on apprend à se fixer des limites : tout ne sera pas résolu par la technique. Accepter humblement de ne pas pouvoir tout faire…

 

3) Marcher sur cette terre, avec humilité, mais aussi dans l’émerveillement ‘Heureux ceux qui marchent dans tes voies, Seigneur !’, avons-nous chanté au début de cette messe. C’est bien la joie qui caractérise le scout. Consommer, c’est se replier sur soi-même et, finalement, cela rend triste. Or le scoutisme développe en chacun cette capacité d’admiration, d’émerveillement : qui n’a pas participé à une veillée, à une promesse à la lueur des torches ? On comprend petit à petit que cette création appartient à Dieu et doit être reçue comme un cadeau qui rend heureux. Voyez les bénédicités et les grâces qui ponctuent les repas scouts : c’est un exemple tout simple proposé par le saint père. Passer de la démesure, de la folie, à l’humilité, à la pauvreté de la louange, c’est ce que demande notre pape.

     ‘Tu nous as choisis, Seigneur’, pour marcher en Ta présence’ : c’est ce que dit le célébrant dans la Prière eucharistique. N’est-ce pas tout le scoutisme ? Et c’est la messe qui donne le Pain vivant pour cette marche. « Si quelqu’un veut marcher à ma suite ? » c’est la question que pose Jésus dans l’évangile. Le scoutisme nous apprend à répondre ‘oui’. En mettant chaque jeune devant la beauté et la grandeur de la création, il oriente vers cette ‘écologie intégrale’. A l’inverse de ce que propose notre société : le culte de l’homme qui se fait Dieu, ce qui fonde la dignité de l’homme, c’est de reconnaître, dans l’action de grâce, la paternité divine. Magnifique chemin éducatif, le scoutisme est ce chemin spirituel vers cette ‘conversion écologique’. ‘La crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure’ : merci au scoutisme de réponde pleinement à cet appel !


 

Père Hervé Rabel