Père Hervé Rabel le 11 octobre 2015

               28ème dimanche temps ordinaire - Saint-Pierre - 11 octobre 2015

 

 

1) Trois dialogues qui approfondissent la relations avec le Christ : « Bon maître, que dois-je faire ? »

     Jésus se « met en route » : il est là, bien présent, il passe dans nos vies… Encore faut-il le rejoindre sur ce chemin ! Cet homme est certainement quelqu’un de ‘bien’, Il souhaite vivre de cette ‘vie éternelle’. Il veut vraiment observer tout ce que demande la Loi. En même temps, on sent quelqu’un un peu trop sûr de lui : « Tout cela, je l’ai observé ! » : autrement, dit, je suis quelqu’un de ‘bien’. Superbe !

     Cette histoire commence bien : Jésus s’arrête, le dialogue se noue. Seulement, et c’est ce que rappelait Benoît XVI dans ‘Dieu est Amour’, ‘A l’ origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un évènement, avec une Personne’ (§ 1); c’est si important que c’est repris par le pape François dans ‘La Joie de l’Evangile’ (§ 7), dès le début. Or on ne rencontre pas une Personne comme on applique un programme ! Cet homme de l’évangile, il n’a pas encore compris cela…

 

2) D’où le 2ème dialogue : « Une seule chose te manque… »

     Cet homme avait de la bonne volonté : « Que dois-je faire pour avoir… » : faire, avoir, héritage, observance… Une rencontre véritable est-elle vraiment de cet ordre, du faire, de l’observance, de l’avoir ? C’est pourquoi Jésus reprend l’initiative, en se plaçant au plan de l’amour : il « posa son regard sur lui et il l’aima ». Ici, à ce niveau, il ne s’agit plus d’observer, de comptabiliser (‘quand on aime, on ne compte pas’), mais de répondre à un amour, ce qui, évidemment, peut être plus déstabilisant, car on n’est plus maître de la situation…

     Rappelez-vous « Pierre, m’aimes-tu ? ». Toujours dans La Joie de l’Evangile, le pape François (§ 3) nous dit : ‘J’invite chaque chrétien […] à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus-Christ’. L’homme de l’évangile avait appliqué scrupuleusement des règles morales… il n’a pas encore rencontre le Christ. C’est pourquoi celui-ci lui dit : va à l’essentiel, quitte ce qui t’encombre, cet amour-propre (« Tout cela, je l’ai observé ») et « Viens, suis-moi ! ».

 

3) D’où le 3ème dialogue, avec les disciples : « Mais alors, qui peut être sauvé ? »

     C’est-à-dire : comment accomplir parfaitement son humanité ? On ne sait pas si cet homme de l’évangile va réfléchir t, finalement, suivre le Christ. En tout cas il y a ce 3ème dialogue, avec les disciples. Ce n’est pas d’abord une critique des richesses, sauf peut-être d’une seule : être riche de soi-même (faire, avoir, héritage :observé). Etre sauvé n’est pas au bout de nos efforts, d’une accumulation d’actes, même ‘bien’, c’est accepter d’entrer dans un dialogue d’amour avec le Christ. « Seigneur, tu sais bien que je t’aime » dira Pierre après la résurrection…

     La ‘longueur d’onde du Christ’ n’est pas la Loi, mais la Charité qui est l’accomplissement de la Loi. D’où l’ultime conclusion de cet évangile : pour Pierre, qui commence à comprendre, il s’agit bien de ‘suivre le Christ’. C’est lui qui répond positivement à la question posée à l’homme riche. Et pourtant, ce Pierre, quel pauvre type ! Si peu fiable ! Mais il y a ce « Tu sais bien que je t’aime », et ces larmes qui couleront après la trahison. C’est ça qui va lui permettre de rejoindre le Christ qui « se met en route » et qui lui permettra - « avec des persécutions » – d’entrer dans la vie éternelle. D’accomplir pleinement son humanité dans le don de soi-même à la suite du Seigneur.

    

 Père Hervé Rabel