Père Hervé Rabel le 11 juin 2017

                                       Trinité ‘A’ - Saint-Pierre - 11 juin 2017

 

1) Mot-clé : le Don. Dieu est Dieu parce qu’Il se donne

     « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné ». On peut rapprocher d’Ep 2,4 : « A cause du grand amour dont Il nous a aimés ». Ste Elisabeth de la Trinité écrivait : ‘A cause du trop grand amour…’. Notre Dieu est Dieu non parce qu’Il donne, mais bien parce qu’Il se donne, parce qu’Il se dépossède en son Fils. ‘Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même’ disait Ste Thérèse. Donc : une phrase-clé, le cœur de la révélation. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13).

     Dieu se donne en lui-même, au sein de la Trinité, mais Il continue de se donner, ne cesse de se vider de lui-même, en venant vers nous à Noël, en s’abaissant et, bien plus, en se donnant sur la croix, entièrement dépossédé de lui-même. C’est l’Hymne aux Philippiens : « Il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix ».

 

2) Mais également : l’homme n’est homme que dans la mesure où il se donne

     Vous connaissez la définition de l’homme selon Vatican II : ‘L’homme […] ne se réalise pleinement que dans le don sincère de lui-même’. Sincère, c’est-à-dire total. C’est bien pourquoi, très justement, Pilate présentera Jésus à la foule en disant : « Voici l’homme ». Car Jésus est l’homme par excellence, car donné entièrement. Parce que sans péché, ce péché qui ne cesse de nous empêcher de nous donner.

     Et c’est bien pourquoi l’être humain est sexué, incomplet, et ne trouve sa plénitude qu’en se donnant à don conjoint  : « Voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ». Créé à l’image et ressemblance de Dieu, l’homme est fait pour le don et c’est dans ce don que, comme Dieu, il trouve sa joie. « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » disait Jésus (Ac 20,35). Et, ajoute St Paul : « Dieu aime celui qui donne joyeusement » (2 Co 9,7). C’est toute la ‘Théologie du corps’ mise en lumière par Jean-Paul II, trésor que l’Eglise doit partager.

 

3) Et cette réalité du don, elle est une personne : l’Esprit-Saint

     Nous fêtons la Ste Trinité : le Père ne cesse de se donner ; à son image, le Fils n’est que don et l’homme est appelé à lui ressembler. Mais ce mouvement porte un nom : c’est l’Esprit. L’Esprit-Saint, c’est Dieu qui se donne, ne cesse de se donner, d’abord au sein même de la Trinité, mais aussi à l’extérieur de lui-même, lors de la Pentecôte. Dieu qui se donne pour faire de chacun de nous un don. C’est pourquoi à la confirmation, le célébrant dit : ‘Reçois l’Esprit-Saint, le DON de Dieu’. L’Esprit qui est source de cette joie profonde qui est de se donner.

     Dans l’évangile, Jésus évoque la vie éternelle, le salut. Etre sauvé, entrer dans la vie éternelle, c’est accueillir l’Esprit pour entrer dans cette logique trinitaire. Devenir don, c’est être divinisé, puisque Dieu n’est que don. « Pour que le monde soit sauvé » insiste Jésus. Il faudrait relire l’encyclique de Benoît XVI ‘Caritas in veritate’ : ‘L’être humain est fait pour le don ; c’est le don qui exprime et réalise sa dimension de transcendance’ et, plus loin : ‘Parce qu’elle est un don que tous reçoivent, la charité dans la vérité est une force qui constitue la communauté’. Dans notre pays si divisé, où seule compte la logique marchande, nous avons à proposer cette logique de la gratuité, seule expression d’une véritable communion. Dans cette France si marquée par des peurs, nous avons à accueillir l’Esprit-Saint, esprit de douceur et de force, de créativité et d’unité, de lucidité et d’espérance. Quel magnifique cadeau les catholiques peuvent faire à ce monde sans repères : entrer dans cette ‘logique du don’, qui seule permettra au Bien commun de se réaliser. C’est notre collaboration au salut de ce monde que « Dieu a tellement aimé ».

    

Père Hervé Rabel