Père Hervé Rabel le 10 mai 2015

                       6ème dimanche de Pâques ‘B’ - Saint-Pierre - 10 mai 2015

 

1) un objectif : aimer

     Pourquoi, finalement, faut-il aimer ? Mais, tout simplement, afin de correspondre à notre être profond. Nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, or Dieu est un être qui n’est que don de Lui-même. Nous sommes des êtres faits pour le don et c’est en nous donnant que nous devenons vraiment homme. St Jean nous le précise : « Celui qui aime… connaît Dieu », c’est-à-dire ‘naît avec Dieu’. Aimer nous fait naître avec Dieu, nous fait devenir ce que nous sommes par adoption filiale.

       L’évangile nous décrit ce débordement d’amour, cette vague de charité, qui part du Père, redéborde dans le Fils et nous arrive par l’Esprit-Saint qui nous fait « demeurer dans l’amour du Christ ». Il s’agit pour nous de se faire capacité, accueil de cette vague de charité et ainsi, de devenir une vivante réponse d’amour à « celui qui nous a aimés et a envoyé son Fils » comme le dit saint Jean.

 

2) un moyen : les commandements

     Spontanément, nous pensons à un ordre arbitraire, qui nous vient de haut et sous lequel on doit plier. Ce n’est pas du tout cela ! Le commandement, c’est Dieu qui nous dit : ‘voici ce qui est bon pour toi, pour que tu grandisses’. En fait, le commandement c’est la Parole, c’est le Christ, lui dont « le joug est facile à porter et le fardeau léger » (Mt 11,30), parce qu’Il en porte la plus grande partie. Le 1er commandement, c’est Dieu qui dit à l’homme : « tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin » (Gn 2,16) : mon objectif, c’est que tu grandisses !

     D’où le « Aimez-vous… comme je vous ai aimés » : c’est ce « comme » qui est bien sûr essentiel. Invitation à grandir dans le Christ, à ressembler au Christ. Bien sûr, c’est un combat mais, comme le dit saint Jean « Dieu… a envoyé son Fils en sacrifice pour nos péchés » : ce combat, nous le menons avec la grâce du Christ. Laissons-nous, jour près jour, ‘christifier’, par l’action de l’Esprit-Saint, afin d’aimer comme Dieu aime. Quel merveilleux moyen le Seigneur met à notre disposition, pour atteindre l’objectif !

 

3) un résultat : la joie.

     En fait, non pas ‘la’ joie, mais ‘ma’ joie… Elle est moins présente dans ce passage d’évangile que les mots ‘amour’ et ‘commandement’ mais tout simplement parce qu’elle est plus discrète… Les païens de Césarée « chantent la grandeur de Dieu », parce qu’ils ont accueilli l’Esprit-Saint et sont remplis de la joie trinitaire. Le joie chrétienne, il faudrait pour cela relire l’exhortation ‘L’Evangile de la Joie’, c’est ce sentiment discret, mais profond, qui est la joie de se savoir aimé, quoi qu’il arrive, de donner (« il y a plus de joie à donner qu’à recevoir » a dit Jésus), joie de se savoir pardonné, accompagné…

     Notre monde est triste, désillusionné, parce qu’il ne veut pas se savoir dépendant d’une Source, il est déprimé parce qu’il veut prendre, capter, et non donner. Notre mission n’est-elle pas alors, en aimant, en nous laissant façonner par le Christ, en devenant des adultes dans la foi, d’être ces témoins de la joie trinitaire ? Celle qui ne nous sera jamais enlevée, quelles que soient les circonstances. Celle dans laquelle nous sommes invités à entrer lorsque nous entendrons distinctement : « Bon serviteur, entre dans la joie de ton maître ».

 

 Père Hervé Rabel