Père Chollet le dimanche 23 octobre 2016

22 et 23 octobre 2016. Messes de 19 h. et 11 h. St Jacques de Neuilly.

 

            Au risque d’apparaître schématique et simplificateur, St Luc oppose deux modèles de vie antithétiques par excellence, celui du Pharisien et celui du Publicain.

            Tout semble joué d’avance ; on sait d’emblée qui est le bon et qui est le méchant ...

            Il est vrai que les Pharisiens, dans les évangiles, ont mauvaise réputation. On leur attribue souvent le mauvais rôle. Essayons de redécouvrir qui ils étaient en réalité.

            Nous savons, par différents auteurs de l’époque, juifs ou païens, qu’il existait, au temps de Jésus, plusieurs écoles de pensée juives (que l’on appelait autrefois des « sectes », mais ce terme a pris une signification trop négative.) : à côté des pharisiens existaient les Sadducéens (qui dominaient le Temple de Jérusalem) et les Esséniens, retirés au désert ; le groupe des Zélotes n’est pas une école de pensée à proprement parler mais plutôt un « parti politique. »

            Le nom de pharisiens signifie « ceux qui sont séparés », mais cela ne veut pas dire qu’ils vivaient à part (comme c’était le cas des Esséniens.) Au contraire, soucieux du salut du peuple –même s’ils en parlent parfois de manière méprisante-, ils ont toujours vécu au milieu de lui, tout en s’efforçant de se distinguer de la masse. « Ceux qui se distinguent » serait une meilleure traduction.

            L’étude est la plus haute occupation des pharisiens. Ils recherchent toujours la meilleure règle des actions juridiques, morales ou rituelles. Et pour eux, l’étude est inséparable d’une pratique (l’inverse étant vrai également) ; du réveil au coucher, les disciples des Pharisiens ont toujours quelque chose à faire le mieux possible, suivant la tradition des anciens. Le pharisien mis en scène dans l’évangile d’aujourd’hui fait allusion à ces pratiques : « Je jeûne deux fois par semaine... »

            A l’époque du Nouveau Testament, beaucoup étaient scribes ou docteurs de la Loi. D’autres gagnaient leur vie en travaillant de leurs mains ; certains pouvaient avoir une réelle aisance, comme Simon, le pharisien chez qui Jésus avait été invité à dîner et chez qui s’était introduite Marie-Madeleine...

            Leur désir de se distinguer pouvait entraîner chez eux la tentation de jouer un rôle, d’où les accusations d’hypocrisie, particulièrement fréquentes chez St Matthieu ; on leur reprochait également de se perdre dans les détails de la casuistique en oubliant l’essentiel....

 

 

            Après la destruction du Temple, en l’an 70, ce sont les Pharisiens qui ont été les artisans de la reconstruction du judaïsme rabbinique, à l’origine du judaïsme tel que nous le connaissons aujourd’hui. Et leur prépondérance à la fin du 1er siècle, époque où l’on met un point final à la rédaction des Évangiles, explique l’importance qui leur est donnée dans les controverses avec Jésus.

            Les Publicains, en revanche, ne sont pas un groupe religieux, mais ce sont des sortes de fonctionnaires, des agents subalternes de la perception des impôts, au service des autorités locales (Hérode, par exemple) ou à celui de l’occupant romain, et à ce titre particulièrement détestés de leurs compatriotes. Dans la catégorie des pécheurs, ils étaient placés aussi bas que les prostituées. Leur fréquentation était particulièrement compromettante. L’attitude de Jésus à leur égard n’en que plus remarquable !

            Au fond, aucun de ces ceux personnages n’est plus recommandable que l’autre. Encore une fois, ce ne sont pas des petits saints que Jésus propose à notre réflexion dans cette parabole. La leçon, évidemment, est ailleurs. Ce qui se joue, pour le pharisien, c’est une sorte de drame spirituel : il rend grâces à Dieu, parce qu’il est persuadé de vivre en sa présence. Mais finalement, il en fait trop ! Il trouve son assurance dans ses pratiques et considère que ses œuvres sont la source de sa justification. Il pense gagner le ciel à la force des poignets et n’attend rien du Seigneur !. Il est déjà juste par lui-même, il n’a plus besoin de la grâce.
            Le publicain, lui, est conscient de sa condition de pécheur. Il se tient à distance, et, dans un geste inhabituel à l’époque, mais passé dans notre liturgie, il se frappe la poitrine. Il a compris qu’il a besoin d’être justifié par Dieu, il sait qu’il dépend totalement de l’amour infini de Dieu pour sa créature, fût-elle pécheresse. C’est Dieu seul qui déclare juste. Les pharisiens sont de tous les temps, ce sont ceux qui croient être sauvés par leurs œuvres, leurs mérites, leurs vertus. Alors que les œuvres, indispensables pour signifier la conversion et la mettre en pratique, ne viennent qu’en second lieu.

            En 1998, une déclaration commune sur la justification entre l’Église catholique et la Fédération Luthérienne Mondiale a permis d’apurer cette question qui avait été à l’origine de la Réforme au XVIème siècle. Cette justification est la raison même de l’envoi du Fils par le Père pour le salut des pécheurs. C’est la Miséricorde de Dieu qui est d’abord et toujours à l’œuvre, et c’est ce que nous avons essayé de vivre durant l’année jubilaire. Il faudrait relire tout St Paul particulièrement l’épître aux Romains...

            La conclusion de la parabole, que l’on retrouve ailleurs dans l’évangile, nous invite à prendre conscience de la nature véritable de notre humanité. Le jugement ne nous revient pas, il appartient à Dieu.

            Mais que cela ne nous désespère ni ne nous décourage ! Manifestons la même assurance que St Paul lorsqu’il écrit : »Le Seigneur m’a assisté, il m’a rempli de force. » Le désir de Dieu, c’est celui de notre salut. À lui la gloire pour les siècles des siècles, Amen !

 

                                                                                              Pierre Chollet