Père Chollet le 6 novembre 2016

Dimanche 6 novembre 2016. Messe de 11h. Homélie.

 

            Jésus s’est confronté aux Pharisiens et a mis en valeur la foi des Publicains, en dépit de leur condition de pécheurs. Aujourd’hui, l’évangéliste Luc met en scène une controverse avec les membres d’une autre école de pensée juive, les Sadducéens. (Les Sadducéens, membres de l’aristocratie juive, avaient la haute main sur le Temple de Jérusalem)

Cette rencontre se situe d’emblée de manière polémique sur un sujet théologique hautement sensible : il s’ait de savoir ce que l’on entend quand on parle de résurrection. Il n’y a évidemment pas de réponse toute faite à cette question, il faut accepter de réfléchir... Aussi, réfléchissons ensemble !

            Les Sadducéens, quant à eux, ne percevant aucun indice de cette bonne nouvelle dans les livres de la Torah « soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection. »  C’est ainsi que St Luc définit leur doctrine. A ce propos, je vous renvoie à l’incident très remarquable qui mettra aux prises les Sadducéens et Paul lors du retour de celui-ci à Jérusalem, après son troisième voyage missionnaire, lorsqu’après avoir été arrêté, il comparaît devant le Sanhédrin. Je vous renvoie au chapitre 23 des Actes.

            La discussion, dans l’évangile d’aujourd’hui, paraît assez surréaliste ; en proposant l’exemple de la femme aux sept maris, les Sadducéens croient pouvoir souligner l’impasse dans laquelle conduit, à leur avis, la doctrine de la résurrection. Jésus démonte facilement leur argumentation en soulignant que la vie de ressuscité ne reproduit pas à l’identique les conditions de la vie ici-bas : elle n’est plus soumise aux lois de la temporalité et de la mort, par conséquent elle n’a plus à se soucier de se reproduire. De plus, se référant au récit du buisson ardent avec Moïse, puisqu’il faut aux Sadducéens un argument tiré de l’Écriture, Jésus rappelle le lien étroit entre le vrai Dieu et les Patriarches. Ce lien ne saurait cesser puisque Dieu en parle au présent, des siècles après la mort des Patriarches ; la conclusion est donc que les Patriarches sont vivants. Certes, Jésus ne satisfait pas totalement notre besoin de nous représenter les choses. Il faut donner sa place à l’acte de foi et laisser à la liberté de Dieu de réaliser la résurrection comme il l’entend et prendre les affirmations scripturaires dans leur plénitude : ceux qui sont morts sur la terre sont vivants près de Dieu.

            Mais la discussion d’aujourd’hui a également un arrière-plan dramatique pour Jésus. En effet, il est désormais entré à Jérusalem et c’est là que vont se dérouler les événements de sa passion et de sa mort, débouchant justement sur sa résurrection.

            Plusieurs fois, Jésus a annoncé ces événements à ses apôtres, et les évangiles soulignent que ceux-ci ne comprenaient pas ce que voulait dire « ressusciter d’entre les morts. » Preuve que les Juifs contemporains de Jésus, même sans être forcément disciples des Sadducéens, avaient beaucoup de mal à appréhender la réalité profonde de cette annonce !

Il faudra que les disciples soient mis devant le fait accompli pour en accepter l’indubitable réalité ; et encore les auteurs évangéliques n’omettent pas de souligner que « certains eurent des doutes. »

            Le texte veut nous aider à franchir le pas : ne pas nous cantonner à une négation a priori, comme le faisaient les Sadducéens, mais accepter de cheminer comme des croyants qui petit à petit qui comprennent que cette perspective est celle qui rend le mieux compte de l’incommensurable miséricorde de Dieu pour nous.

            C’est progressivement, dans les deux siècles précédant la venue du Christ, que l’évidence d’une vie transfigurée par la résurrection a trouvé sa place dans la foi juive. Les premiers indices se trouvent dans le livre du prophète Daniel et bien sûr dans les pages héroïques des livres des Martyrs d’ Israël dont un passage nous est proposé aujourd’hui. Évidemment, il s’agit d’un récit digne de la tragédie antique plutôt que d’un compte-rendu journalistique, même si hélas les atrocités récemment commises par des fanatiques nous sont rappelé, si besoin était, que la cruauté des hommes pour leurs semblables ne connaît guère de limite. Homo homini lupus, l’homme est un loup pour l’homme, disaient les Anciens...

            Cependant, si le texte ne dissimule pas la sauvagerie des supplices infligés par le roi Antiochos, il veut surtout nous inviter à accueillir la grandeur d’âme des martyrs mis en scène qui demeurent inébranlables en raison de leur espérance en la résurrection qui vient sanctionner leur fidélité à la pratique de la Loi. Dieu ne saurait abandonner au néant ceux qui ont tout donné pour lui !

            Pour nous, puisque Dieu merci, nous ne sommes pas en butte à des persécutions aussi violentes, c’est l’occasion de nous mettre à l’école de St Paul et de prier de manière toujours plus fervente : » »Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole de Dieu poursuive sa course et que partout on lui rende gloire comme chez vous. Priez pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais, car tout le monde n’a pas la foi. »

            C’est cet esprit de prière qui, unissant nos cœurs et nos âmes, nous mettra au diapason de la parole de Dieu et nous fera comprendre que nous sommes aimés pour l’éternité !

 

                                                                                              Pierre Chollet